La Mythologie Grecque. 1

Jeudi 2 juillet 2009

Ah, la mythologie grecque ! Tout un programme… Franchement, je trouve que tu as abusé. Bon d’accord, tes concepteurs, les grecs étaient un peu tordus. Inventeurs de la démocratie et pédérastes, ils avaient besoin de belles histoires à raconter au coin du feu de bois de l’agora. Pendant qu’on est nourri à Boucle d’Or, Blanche-Neige et autres contes niaiseux, tu apparais comme une sorte d’anti-conte de fées, un truc un peu punk. Et tu sais pourquoi je te respecte ? Parce qu’on t’enseigne à l’école malgré tout tes travers. Ne prends pas cet air étonné et commençons par le commencement.

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Playmobilos, en avant les histoirus.

Au commencement, je disais donc, il y eut le Chaos. Avant lui personne. Bon, je ne veux pas te vexer mais déjà, dès le départ, ça ne tient pas tellement debout ton affaire. Parce que le Chaos eut quand même six gosses. Tout seul comme ça, comme un grand. Un jour sous la nuit étoilée et à l’ombre d’une colonne, il s’est dit, tout en se grattant le derrière, que ce serait agréable de n’être point seul surtout pour que quelqu’un vienne les lui gratter ses fesses, on est en Grèce, ne l’oublions pas ! Ainsi naissent Eros, Héméra, Nyx, Erèbe, Gaïa et Tartare. Déjà, tu diras de ma part à Chaos qu’on n’a pas idée d’appeler des gosses comme ça mais bon, passons… Te voilà forte de 7 membres. Tu mènes ta petite vie et au bout d’un moment, quelqu’un se lève et dit : « on s’emmerde un peu ici » et c’est ainsi que naquit l’inceste. Erèbe (les ténèbres) engendra avec Nyx (la nuit) plusieurs rejetons d’un goût assez macabre. Faut croire que tu nous a pondu là le premier couple de gothique parce que leurs enfants s’appellent Thanatos (la mort), Hypnos (le sommeil), Ether (la lumière des astres).

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Le début du premier porno de l'histoire. N'est ce pas touchant ?

Tartare et Gaïa n’engendrèrent pas un steak mais bel et bien Echidna et Typhon. Mention spéciale à la plus tordue, on n’a pas idée quand même d’apprendre ça à des gosses. Gaïa engendra toute seule comme Papa, Ouranos, Ouréa, Pontos, les nymphes et la mer inféconde. Bon déjà, le truc de faire un bébé toute seule, on aurait du laisser à JJG. Ensuite, l’idée bien sordide c’est que ta Gaïa s’est tapé ses gamins. Et vas-y que j’te fais douze titans et trois cyclopes avec Ouranos, que j’te fais cinq gosses avec Pontos. Non mais ! C’est comme si tu te créais des sex-friends. C’est de la triche ! Il faut ramer un peu avant de pouvoir hum hum ! Salope, va ! Ensuite, forcément j’ai envie de dire, quand on bosse en famille, il y a des emmerdes. Ouranos, papa de douxe magnifiques titans, de trois cyclopes et de trois hécatonchires fait la gueule. « Ils sont moches ces gamins, tu les as sorti par le trou du cul ou quoi ? » dit-il d’un ton soyeux à sa femme, mère ?

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Tu vois, quand on disait qu'on allait te couper les couilles si on n'avait pas nos chocapics... On rigolait pas !!

Merde, je ne sais plus. Gentiment, ils les envoient en colonie à durée indéterminée dans le Tartare. Maman, n’appréciant pas trop que l’on mette ses gamins au placard Tartare déboule bien tôt. Alors tandis que tous tiennent Ouranos, c’est Chronos qui lui coupe les couilles. Véridique. Avec une serpe, c’est écrit même. Et alors qu’il sectionne les testicules, le temps s’arrête, des gouttes de spermes s’envolent lentement et viennent s’écraser sur Gaïa qui n’avait pas prévu de mouchoir et qui donc, se retrouve enceinte. Franchement, on a là un père qui abandonne ses gamins comme de vulgaires chiens en plein été, des gosses en plein dans la délinquance qui se battent à l’aide d’objets dangereux pour finalement torturer un père de famille. C’est limite ton histoire là… Et ce n’est que la première partie.

Anne de Bretagne.

Lundi 22 juin 2009

Anne, ma sœur Anne, n’avais tu rien vu venir ? Pourtant, il suffisait d’ouvrir les yeux pour voir que ça te pendait au nez. Un destin d’exception, des intrigues royalo-territoriales et des mecs à foisons. Tu mérites plus que quiconque d’être chanté, ovationné ou même portraitisé. Tu nais le 25 Janvier 1477 à Nantes de François II de Bretagne et de sa seconde épouse Marguerite de Foix. Rien que cette histoire devrait régler le conflit au sujet de l’appartenance ou non de Nantes à la Bretagne. Une femme qui s’appelle Anne de Bretagne naît à Nantes donc Nantes est bretonne. Tu me diras, c’est pas parce qu’Henri Salvador est né en Guyane qu’il est citoyen du Salvador pour autant… BREF ! Tu m’embrouilles et j’ai comme l’impression que c’est l’histoire de ta vie.

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Ca commence à me gonfler toutes ces séances d'autographes.

Tu es le seul enfant de tes parents et donc, tu es l’héritière. Enfin, tu es une femme et c’est ton père qui te déclare solennellement en tant que tel afin d’éviter de replonger la noble Bretagne dans une nouvelle crise politique. Tu es élevée par Françoise de Dinan, ta gouvernante et ton maître d’hôtel, le poète Jean Meschinot qui t’enseigne la musique, la poésie, la danse et le chant. A l’époque, les gens étaient très machistes et les femmes dans ton genre étaient très mal vues, ce qui n’est plus le cas de nos jours, bien évidemment. Ce qui explique que ton père veut absolument te trouver un mari pour ta propre sécurité : c’était les gardes du corps ancienne génération. Il cherche un candidat anti-français et assez puissant pour l’assumer.

Son choix se reporte sur Maximilien 1er et c’est de son caveau qu’il voit sa fille se marier à l’âge de 13 ans, le 19 Décembre 1490 à Rennes. Maximilien est roi des romains ce qui fait donc, par déduction, que tu es la reine des Romaines. La classe pour une bretonne. Cependant, cette union provoque l’ire du roi de France, ce bon vieux Charles VIII qui décide séance tenante d’aller faire un sit-in devant Rennes pour protester. Ma chère Anne, tu te rends donc et te voilà forcer d’épouser le vieux ronchon, le 6 Décembre 1491. Tu as 14 ans. Toi, tu t’en fous, tu es morte maintenant mais imagine si on transposait ton histoire à notre vie moderne. On dirait que tu te maries pour l’argent et que ce n’est pas de leur faute aux rois, c’est toi qui les aguichait. Salope.

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Pour la partouze, faites la queue.

Au comble de l’hypocrisie, le roi envoie au pape une requête d’annulation de ton premier mariage. Montrant sa totale indépendance, le pape accepte pour d’obscures raisons (trop jeune ? Mariage surconsommé ? Port de béret au lit ?) Tu te souviens du nom du grand encapoté ? Innocent VIII. Ce qui veut dire qu’il y en a eu 7 avant, ça a du faire pas mal de pureté éclaboussé sur les robes blanches.

En tout cas, tu mènes ton bonhomme de chemin et tu te retrouves à 14 ans seulement, reine de France. Un historien a retrouvé la trace d’un message ancestral que tu « aurais » (le conditionnel est toujours de mise pour les cas éloignés dans le temps) envoyé à une camarade de couvent : « C tro l’kif ici, g d toualete priV. XD Lol »

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Elles faisaient moins rêver à l'époque, les Pussycat Dolls.

Depuis 1491 et tes 14 ans, tu es Reine de France. Sauf que si l’on fait confiance à des vieillards décrépis, ce n’est pas le cas des jeunes pousses. Tu es donc secondée par ta belle-sœur qui, bien qu’elle s’appelle Anne de Beaujeu n’est pas très fair-play et fait mener des enquêtes sur ta fiabilité au trône de France et à ton attachement à la Bretagne. Tu es, de plus, interdite du titre de duchesse de Bretagne. Bref, tu n’es pas si mécontente que ton vieux mari passe l’arme à gauche.

En douce, alors que le corps est encore chaud, tu en profites pour récupérer la tête de la Bretagne et convoquer les Etats Généraux de Bretagne. Et quand Louis XII vient récupérer ton pucelage tout relatif, il s’abaisse à toutes tes conditions car il n’a plus une jeune fille en face de lui mais bien une femme qui porte une région sur ses épaules crânement. Tu es donc reconnue duchesse de Bretagne, ton mari étant le Duc mais amputé de tout pouvoir. Le reste n’est qu’une partie de plaisir combinée d’une popularité croissante. Tu t’offres un tour de Bretagne (sans te doper) comme n’importe quel président africain de nos jours le ferait à Paris. Tu es reçu royalement et chacune de tes visites crée l’événement. La Bretagne sait se montrer reconnaissante de sa plus grande ambassadrice, celle qui exigera dans son contrat de mariage que les impôts et les péages n’existent pas ou peu en Bretagne. Tu auras 12 enfants dont seulement 2 auront vécu. 2 filles pour ce qui apparaît comme une malédiction, il n’y a toujours pas d’héritier pour le trône de Bretagne. Claude et Renée de France sont sœurs mais c’est Claude qui tirera le gros lot puisque elle sera reine aussi, mariée à François Ier. Une bien belle dynastie…

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"C'est bon, je connais la procédure" dit-elle sur un ton blasé.

Pour finir et pour l’anecdote, tu as possédé un chat que tu avais délicatement appelé « Poron », il fut d’une longévité exceptionnelle puisqu’il vécut quasiment toute ta vie. A sa mort, celui que la Bretagne avait pris en affection pour son beau pelage mordoré reçut un bien bel hommage. Partout où tu passais, les bretons avaient tous un chat « Poron ». L’histoire est con, parfois.

Alan Mathinson Turing.

Mardi 28 avril 2009

Bonjour Alan Mathinson Turing, je dois d’abord t’avouer qu’il y a quelques jours, j’ignorais tout de toi. C’est avec surprise que j’appris ta destinée et c’est ainsi que je souhaite la partager. Bien sur, je m’étonne de la propension des anglais à avoir tout un tas de prénoms à coucher debout dehors sous un crachin breton mais je serais assez gentleman pour ne pas t’en faire part.

Tu nais le 23 Juin 1912 à Paddington après avoir été conçu en Inde de parents anglais mais ta mère refusait que son fils naisse dans un pays de mangeur de marrons. Ton père est officier et s’appelle Julius Mathinson Turing tandis que ta chère mère est Ethel Sarah Stoney, de son nom de jeune fille. En bon parents, ils décident d’aller vivre aux Indes, abandonnant ton corps et ton âme à de vieux amis. Ils reviendront à tes 14 ans, en 1926.

Très tôt, tu apprends à lire tout seul, en à peine un mois. A six ans, tu es inscrit à l’école St Michael’s où tous tes professeurs sont éberlués par ton talent précoce. Ta scolarité se passe sans grands ombrages et à tes 14 ans, tu intègres Sherborne School. Pour savoir à quel point tu aimais l’école, il suffit de retrouver cette anecdote qui indique que ton premier jour d’école coïncidait avec la grande grève générale au Royaume-Uni et que outrepassant le manque de bus et de transports, tu es simplement allé à l’école à vélo. Tous les collégiens et lycéens de France se moquent déjà de ta bétise. C’est sans connaître le nombre de kilomètres qui séparait ton toit de l’école : 97 kms. Là, ils t’appellent inconscient ! Toi, tu t’en fous et tu continues ton bonhomme de chemin.

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Arrêtez de me poser cette question, non, je ne fais pas partie de la famille de François Fillon ! Et oui, je devrais m’épiler les sourcils…

Encore quelque chose qui étonnera pas mal les jeunes têtes blondes mais son inclination pour les maths et les sciences lui valait d’être raillé par ses professeurs qui, à l’époque, privilégiait l’apprentissage de ce qu’ils appelaient alors les « classiques » : histoire, art, philosophie, littérature. Et j’aurais tendance à penser que ce sont les seuls enseignements utiles qu’un enfant puisse recevoir. Que faire du théorème de Pythagore ? Quelqu’un s’en est-il déjà servi pour jouer du triangle ? Non, c’est bien la preuve que j’ai raison. Revenons à notre brebis galeuse. Ton désintérêt pour toute autre forme d’enseignement que le scientifique suscita l’inquiétude bienveillante du proviseur qui mit en garde ses parents sur l’école à choisir. C’est ainsi que tu te retrouves en pleine adolescence, au lieu de t’émerveiller de ce qu’il y a sous les jupes des filles, à triturer les boutons, non pas de ton visage, mais de ta calculette et à résoudre des problèmes bien trop compliqués pour toi. Tu auras même le culot de rencontrer le boulot d’Albert Einstein, de ne pas t’agenouiller devant ses études sur la loi de Newton et en plus, de rajouter des points qui te semblaient manquer. Insolent, va !

Cependant, tu manques beaucoup trop d’enthousiasme dans les matières normales et tu rates le concours d’entrée de l’établissement que tu avais d’abord choisi. Ton second choix t’est finalement accordé et tu te retrouves à l’université de Cambridge, la bien nommée King’s School. 4 ans après ton entrée, tu es élu « étudiant-chercheur » et tu ne fais même pas la grève. C’est à ce poste que tu inventeras la machine de Turing et que tu expliqueras que c’est une machine capable de faire tous les calculs du monde, le tout en d’autres termes beaucoup trop alambiqués pour moi. J’en ai retenu ce qu’il y avait à retenir, tu as posé les bases de l’ordinateur.

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Et hop, personne n’a vu ce petit moteur que je me suis construit dans les genoux… C’est si bon d’être un génie !

Puis survient la belle, la grande, la majestueuse seconde guerre mondiale, à qui j’ai retiré les majuscules, ça fait trop propre. Tu travailles en tant que bon patriote mangeur d’huile de foie de morue et de pudding, à la section décryptage des codes allemands. Tu t’affaires à hacker la machine Enigma, comme quoi c’est un métier qui date. Le premier décrypteur de codes connu reste Champollion avec sa description des hiéroglyphes. Pardonne moi, Alan, mais je n’ose pas imaginer ce qu’il serait advenu de vous si on vous avait mis Internet et les ordinateurs d’aujourd’hui entre les mains. De vraies loques humaines, j’en ai bien peur.

Après la guerre et l’issue qu’on lui connaît, tu es muté au laboratoire de physique de Teddington. Tu travailles toujours en des termes très compliqués mais en gros, tu pousses un peu les murs de la théorie et tu t’attelles à la pratique en construisant un calculateur automatique.

C’est donc maintenant que l’on arrive au passage très intéressant de ta vie. Auparavant, replantons le drapeau des années 1950 et avec lui tout son contexte : l’Angleterre est alors, comme beaucoup d’autres pays du monde, hautement religieuse et très conservatrice. Si l’on s’accommode (après coup, évidemment !) de l’exubérance d’un Oscar Wilde ainsi que de ses tendances, un mathématicien de renom avec toute la raideur de la profession ne peut se permettre d’être pédéraste. C’est ainsi qu’en l’an de grâce 1952, Arnold Murray, l’une de tes dernières conquêtes, s’introduit chez toi avec un complice et te cambriole. Désappointé, tu portes plainte et au terme de l’enquête, il est décidé que… Tu étais coupable d’outrage aux mœurs, de sodomie et de port de béret immonde. On te laissa alors le choix : la prison ou la castration médicamenteuse. Tu choisis la dernière solution qui se présente sous la forme d’un traitement hormonal d’une durée d’un an qui aura pour effet de réduire ta libido et de te faire pousser des seins. J’espère que tu en as glissé une pilule ou deux à Vincent Mc Doom… Et alors qu’en 1951, tu étais un sage écouté dans toute l’Angleterre, l’année qui suit t’est délicate. Plus personne ne veut de toi, même pour nettoyer les locaux. A force de retourner leurs vestes et donc de les user, les hommes vont encore faire pendant très longtemps les beaux jours des fabricants.

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C’est sympa de t’avoir assis pour l’éternité, t’as eu assez mal aux fesses comme ça pendant ta vie.

Vient ensuite une assez longue traversée du désert qui durera en tout, deux ans. Elle prend fin le 8 Juin 1954, date à laquelle tu te donnes la mort en croquant dans une pomme empoisonnée au cyanure, en référence à Blanche-Neige qui était ton conte de fées préféré. La légende, la belle, la grande, voudrait que le logo Apple soit une référence et un hommage à toi et tous tes travaux. En effet, le logo est une pomme croquée. La vie n’a pas été totalement injuste car dans la mort, tu es resté célèbre, le prix Nobel d’informatique porte le nom de « prix Turing ». Tu dois maudire en cachette tous ceux qui sont persuadés que Bill Gates a inventé l’ordinateur. Tu me permettras un avis personnel, sur les voitures comme sur les ordinateurs, le Turing, c’est pas ma tasse de thé.

Boris Vian – Second Acte

Samedi 4 avril 2009

Me revoilà, Boris. “Re” comme disent les jeunes, tu les connais, ça raccourcit un mot, ça se croit “opé’”. Nous nous étions quitté au mois de Juillet 1946 et tu nous réservais une surprise. Ton esprit frondeur et provocateur s’amuse d’une idée qui lui est venu un soir de cet été, tu veux écrire un roman érotico-poil à gratter en y mélangeant les thèmes qui te dérange. Tu es sacrément blasé par la pudibonderie et le racisme à la française et tout cela se reflète dans “J’irais cracher sur vos tombes”. L’air de rien, tu le proposes à un de tes amis qui vient de monter une maison d’édition et pour faire croire que c’est une traduction, tu le signes du nom de Vernon Sullivan, en hommage à Paul Vernon et Joe Sullivan, deux grands musiciens. Notez-bien et toi aussi, Boris, ça peut te servir là où tu es, que les Pink Floyd ont usé du même stratagème pour le nom de leur groupe. Si tu veux te faire mousser, tu peux dire que c’est grâce à toi, je ne t’en tiendrais pas rigueur.

Ce chef-d’œuvre est donc ton premier roman édité. On a connu départ moins glorieux… Cependant, comme toute bonne légende qui se respecte et qui ne se chie pas dessus avant l’arrivée dans les bras de la reconnaissance populaire, le bouquin fait un four. Tu commences à monter au front pour défendre Vernon Sullivan et les suspicions commencent à fondre sur toi, tel un bouclier fiscal sur Johnny Halliday. Deux mois après la sortie du livre, plus personne ne doute que tu en es l’auteur. Chapeau la couverture, heureusement que tu n’étais pas flic… Un évènement inattendu va lancer ta carrière. Un certain Daniel Parker t’assigne en justice pour atteinte aux bonnes mœurs. Et forcément, par esprit de contradiction, l’esprit humain étant ce qu’il est, quand on lui interdit quelque chose, il se rue dessus. (Note à moi-même : et si on interdisait l’intelligence?) Penaud devant le tribunal, tu te défends en disant que ce n’est vraiment pas toi l’auteur et, pardonne-moi l’expression, tu baisses ta culotte façon Galillée en l’an de grâce 1633. Tu vas même, pour prouver ta bonne foi, jusqu’à traduire le roman en anglais. Cependant, le livre est retrouvé sur le corps d’une femme assassinée et les critiques hurlent sur l’influence néfaste de tes écrits. Tu es un “assassin par procuration” et l’on peut bien voir que cette histoire est vieille comme le monde. Combien de débats comme celui-ci foisonnent dans notre beau pays encore aujourd’hui? L’histoire se répète, personne ne prend des notes et tout le monde en pâtit. Toute une belle polémique qui tache ta chemise et tes bas pour finir par une relaxe en Août 1947. On aurait légitimement pu penser qu’en cette période, la France avait mieux à foutre mais faut croire que non…

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Dans vos gueules, j’y arrivais pas. Là au moins, vous bougez plus !

Parlons fréquentations. Tu traines au Tabou Club depuis Avril 1947 où grâce à tes relations vont jouer Miles Davis et Sidney Bechet pendant que prennent table Jean-Paul Sartre, Albert Camus et autres célébrités artistiques. A la même période, l’une de tes autres œuvres restées célèbres est enfin publié : “L’écume des jours” ne rencontre pas le succès et pense plus que sérieusement à s’inscrire sur meetic. A l’automne 1947, c’est l’événement. Tu es invité à animer l’émission “Les Temps Modernes” que tu renommes en “Radio-Massacre”. Après moults propos dérangeants, tu es délogé par la police alors que l’orchestre Abadie animent le fond sonore. Le 7 Janvier 1948, ton cher ami “Le Major revenu des Indes” sort, comme à son habitude, par la fenêtre de son invité, oubliant, ô misère de l’urbanisation, qu’il était au 7ème d’étage d’un immeuble.

Fin de la même année, tu admets enfin devant le juge d’instruction être l’auteur de “J’irais cracher sur vos tombes”. C’est Haro sur Vian, tu es inculpé d’outrages aux moeurs, le livre est interdit et le fisc te tombe dessus. Tu n’as pas payé d’impôts sur tes recettes puisque ce n’était (clin d’oeil appuyé) pas toi l’auteur. Fin 1949, tu écris une chanson pour Henri Salvador et c’est le début d’une grande amitié que l’on pouvait revoir surgir par instant dans les éclats de rires tonitruants de l’homme aux taches. Le 6 Janvier 1950, la Sacem enregistre ta demande de référencement en tant que auteur-compositeur. Peu de temps après, en avance sur ton temps mais pas non plus pionnier, tu commences à t’intéresser de très près à la science-fiction et tu fondes avec Queneau et consorts, le groupe des Savanturiers. Coïncidence ou facétie du destin ? C’est peu de temps après que tu sombres dans tes années noires, tu es sur la voie du divorce avec Michelle et même si tu fricotes avec Ursula Kleber, cette séparation ne te remplit pas d’aise non plus… C’est donc dans ces eaux-là que tu rédiges ton recueil de poème que tu nommes, pour repartir du bon pied sur les verts chemins de la joie et la gaieté, “Je voudrais pas crever”. Tu sors doucement de ta dépression et tu trouves un appartement dans la cité Vernon où tu es voisin de Jacques et Janine Prévert. Ce qui est bien avec les voisins célèbres, c’est que l’on peut se plaindre d’eux dans les magasines peoples. Dans le même mois de Janvier 1953, les éditions Vrille publient ton roman “L’arrache-coeur” qui est celui que tu as le plus défendu, bec et ongles. Il a été refusé par Gallimard mais malheureusement ni la critique ni le public ne seront même au courant de la sortie du bouquin. C’est donc un crêve-coeur pour toi et tu ne m’en voudras pas de ce jeu de mot si facile.

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Quand je pense que l’on m’a fait croire que le bac était le plus important diplôme de ma vie…

L’année 1954 est ton année de grâce comme ils disent dans la Bible et dans les pages jaunes. On te propose une adaptation de “L’écume des jours” au cinéma et lassé par le genre humain, fait de massacres, de guerres, de chiens sur les routes et de pipi au lit, tu écris “Le Déserteur”. Grand moment de l’histoire que l’on n’apprend pas à l’école, trop occupé par les ruines grecques et les oliviers latins, cette chanson a un destin atypique. Elle passe légèrement inaperçu jusqu’au jour où, en se rasant la barbe un lendemain de diner mondain, Monsieur Paul Faber manque de se couper en dessous de l’oreille droite ! Mais qu’est ce que c’est que cette chanson qui prône la paix ? Virez-moi ça des ondes ! La censure sociale fait son boulot et tu écris une lettre mémorable à ce monsieur :

“Non, Monsieur Faber, ne cherchez pas l’insulte où elle n’est pas et si vous la trouvez, sachez que c’est vous qui l’y aurez mise. je dis clairement ce que je veux dire ; et jamais je n’ai eu le désir d’insulter les anciens combattants des deux guerres, les résistants, parmi lesquels je compte bien des amis, et les morts de la guerre – parmi lesquels j’en comptais bien d’autres. Lorsque j’insulte (et cela ne m’arrive guère) je le fais franchement, croyez-moi. Jamais je n’insulterai des hommes comme moi, des civils, que l’on a revêtus d’un uniforme pour pouvoir les tuer comme de simples objets, en leur bourrant le crâe de mots d’ordre vides et de prétextes fallacieux. Se battre sans savoir pourquoi l’on se bat est le fait d’un imbécile et non celui d’un héros ; le héros c’est celui qui accepte la mort lorsqu´il sait qu’elle sera utile aux valeurs qu’il défend. Le déserteur de ma chanson n´est qu´un homme qui ne sait pas ; et qui le lui explique ? Je ne sais de quelle guerre vous êtes ancien combattant – mais si vous avez fait la première, reconnaissez que vous étiez plus doué pour la guerre que pour la paix ; ceux qui, comme moi, ont eu 20 ans en 1940 ont reçu un drôle de cadeau d’anniversaire. Je ne pose pas pour les braves ; ajourné à la suite d´une maladie de coeur, je ne me suis pas battu, je n’ai pas été déporté, je n’ai pas collaboré – je suis resté, quatre ans durant, un imbécile sous-alimenté parmi tant d´autres – un qui ne comprenait pas parce que pour comprendre il faut qu’on vous explique. J’ai trente-quatre ans aujourd’hui, et je vous le dis : s’il s’agit de défendre ceux que j’aime, je veux bien me battre tout de suite. S’il s’agit de tomber au hasard d´un combat ignoble sous la gelée de napalm, pion obscur dans une mêlée guidée par des intérêts politiques, je refuse et je prends le maquis. Je ferai ma guerre à moi. le pays entier s’est élevé contre la guerre d’Indochine lorsqu’il a fini par savoir ce qu’il en était, et les jeunes qui se sont fait tuer là-bas parce qu’ils croyaient servir à quelque chose – on le leur avait dit – je ne les insulte pas, je les pleure ; parmi eux se trouvaient, qui sait, de grands peintres – de grands musiciens ; et à coup sûr, d’honnêtes gens. Lorsque l’on voit une guerre prendre fin en un mois par la volonté d´un homme qui ne se paie pas, sur ce chapitre, de mots fumeux et glorieux, on est forcé de croire, si l’on ne l’avait pas compris, que celle-là au moins n’était pas inévitable.”

Et paf, dans tes dents !

Boris Vian. (Partie 1)

Mardi 24 mars 2009

Salut Boris, sais-tu que c’est le premier article sur quelqu’un que j’apprécie? Cela mérite d’être souligné. Pour raviver à la mémoire des jeunes pousses que tu as existé avant tes fameux tubes “Miss Camping” et “Soirée Disco”. Tu nais le 10 Mars 1920 à la Ville d’Avray. Tes parents s’appellent Paul Vian et Jeanne Brousse, tous deux très aisés. L’un est rentier et l’autre est héritière. De nos jours, on appelerait cela des “people”, ces gens qui sont connus car ils passent dans des journaux où sont des gens connus. Chacun de leur côté, tes parents vivent une vie d’orphelin, frappés par la destinée des solitaires. Ils se rencontrent (forcément, me direz-vous) et vont vivre à Ville d’Avray, cité d’art et de rébellion contre la religion et l’armée, cette ambiance imprégnera fortement le petit Boris qui saura s’en resservir à bon escient. Mais en attendant, tu es tout jeune et tu gambades à travers champs et blés tandis que la grande crise virevolte, elle, en sens inverse jusqu’à l’inévitable collision. 1929 donc, tes parents sont obligés d’habiter dans la maison du gardien et de louer la villa à la famille Menuhin, dont le fils Yehudi fut un grand violoniste. Ton papa se retrouve obligé de travailler! Diantre, quelle grossièreté. Où va le monde si les honnêtes rentiers sont obligés de bosser pour organiser des soirées mondaines? Brrr, ça me gèle les os.

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Je m'en fous, je ne regarderais pas l'objectif, vous n'aviez qu'à pas me donner cette chemise hideuse à la fin!

En 1932, tu as 12 ans et c’est le semi-drame. Les médecins diagnostiquent une crise de rhumatisme articulaire aiguë, entrainant une insuffisance aortique – comme quoi les médecins n’ont pas attendu le XXIème siècle pour mettre des mots compliqués partout et encore, on s’en sort bien, on n’est pas allemands. A tes 17 ans, tu entres au lycée Condorcet, à ne pas confondre avec le Con d’Orsay, d’ailleurs passons tous le bonjour à Monsieur Kouchner. Petite anecdote amusante au sujet de ce fameux lycée, il a été renommé “Lycée Karl Marx” pendant quelques jours en Mai 1968, car les élèves voulaient que leur établissement porte un nom de révolutionnaire. Ce n’est qu’après avoir appris qu’ils n’avaient pas besoin d’aller chercher si loin qu’ils rendirent son ancien nom et ses honneurs au révolutionnaire français Nicolas de Condorcet. Insouciance de la jeunesse… (Je reste poli, note bien Boris) Bref, dans ce lycée, tu passes sans grand dommage les épreuves successives et tu te retrouves en classe de prépa scientifique. Tu entres ensuite à l’école centrale de Paris. Bref, tu sembles pré-destiné à une belle carrière de rond de cuir.

Sauf qu’un engin un peu spécial vient de frapper le sol de Paris en soulevant des huées et des applaudissements. Le jazz divise le peuple mais toi, il te multiplie. Tu deviens LE Boris Vian, celui qui touchera à tout au cours de sa vie. Mais l’histoire, celle qui fout le bordel dans la géographie, décide de faire des siennes. La guerre éclate comme une bombe à eau beaucoup trop remplie, le 3 Septembre 1939. Tu es réformé à cause de ta maladie du coeur. Une fois n’est pas coutume, elle t’aura sauvé la vie. En Juillet 1940, toute ta petite famille descend vers la  Gironde et tu les rejoins à vélo. Le 21 de ce même mois, tu rencontres Michelle à une surprise-party sur la plage et elle te présente un peu plus tard Jacques Loustalot, un jeune homme foutraque de 15 ans qui marche sur les toits, sort de chez les gens uniquement par la fenêtre et se fait appeler le “bienheureux major de retour des Indes” et apparaîtra sous ce nom dans tes romans.

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Ma petite maman chérie, je vais faire les courses, je n'oublie pas le lait et les œufs. Pense à pendre mon linge.

Tu te maries le 3 Juillet 1941 avec Michelle. C’est à cette période que, poussé par ta femme, tu te lances dans l’écriture. Un beau jour, alors que tu te promenais avec celle-ci et le Major, un événement vient bouleverser ta vie sur les quais de l’île Saint-Louis. Ayant échappé à la censure de l’époque, beau comme des ânes en plâtres et gémissant sur ton chemin des “prends-nous, prends-nous” aussi pitoyable qu’arrache-coeur. C’est ainsi que tu fis connaissance avec les premiers polars américains. Ta précieuse t’apprend alors l’anglais en te traduisant ces romans et des chansons de jazz aussi, parce que quand même le jazz c’était quelque chose pas comme ces sauvageons d’aujourd’hui non mais alors ma pauvre Lucette on vit une époque pas croyable!

En Juin 1942, tu obtiens ton diplôme d’ingénieur et tu débutes à l’AFNOR (l’Association Française de NORmalisation, mais oui bien sur) où tu t’emmerdes comme jamais! Heureusement, tu joues dans un big band de jazz et cela te sert d’échappatoire. Tes collègues pourront se reconnaître dans leur métier avilissant mais n’en feront rien, trop occupé à rire de la description de ces gros idiots. Puis passe la guerre et ses flonflons, les 60 millions de résistants (clin d’oeil rigolard), le général de Gaulle tapi à l’ombre (ou Londres, je confonds toujours) et les monuments aux morts tout prêts à sortir des usines. Avance rapide jusqu’en 1944, 22 Novembre. Ton papa est assassiné en pleine nuit par des cambrioleurs. C’est quand même balot de mourir ainsi, banalement, en pleine guerre. Le destin n’est pas toujours caucasien.

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Le club du strabisme est malheureux de devoir refuser votre collaboration, Monsieur Vian.

La fin de la guerre, la libération, l’euphorie collective. Toi, tu t’en fous. Très austère, tu regorges de manuscrits. Si l’on en juge par ta bibliographie, il y a 6 oeuvres qui sortent entre 1946 et 1947 et pas des moindres. Tu fais la connaissance de Raymond Queneau (pour qui a déjà mangé des quenelles, je ne vois pas comment l’on peut simplement envisager de faire confiance à un garçon avec un nom pareil) qui fait partie du jury du prix de la Pléiade. Tu décides donc d’écrire un roman pour remporter cette distinction, réaction normale d’orgueil totalement banale que de se dire “tiens, maintenant que j’ai un peu de temps tranquille aux toilettes, si je remportais un concours littéraire?” N’empèche que je me moque de toi, mais le bouquin en question, c’est “L’écume des jours” et qu’il ne remportera justement pas le prix, c’est ce qui fait la beauté du geste. Tu perds en “finale” dans ce concours d’influence (chaque membre du jury reçoit plus ou moins des consignes) face à un autre écrivain de renom… L’abbé Jean Grosjean! Moi, je comprends que tu aies perdu face à un tel monstre auquel la postérité a ouvert grand ses bras et n’a laissé personne omettre l’illustre nom de ce non moins illustre monsieur. Arrête d’être mauvais joueur, Boris!

L’Horoscope.

Lundi 16 mars 2009

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Ô, comme c'aurait été savoureux au féminin...

Ce matin, en entendant un horoscope dans les toilettes qui allument la radio automatiquement d’une charmante jeune fille, m’est venue une pensée qui me semblait tellement évidente que je me flagellais mentalement de n’y avoir pas pensé avant. Sérieusement, l’horoscope! Ou comment faire avaler à tout le monde en lui matraquant sereinement chaque matin de l’année, car c’est bien connu les astres ne reposent pas, qu’un quelconque prédicateur peut vous délivrer à chaque aurore des messages personnels à travers des quotidiens paraissant à plus de 200.000 exemplaires. J’ai connu des gens qui ne lisait que l’horoscope dans les torch… Pardon, journaux. Et c’est là que l’on peut vérifier cette idée que les gens les plus influencables ont besoin d’avoir une emprise même dérisoire et illusoire sur leur vie.

Parce que, prenons les balances aujourd’hui : on leur dit que côté humeur “Vous aurez tendance à excuser tout le monde autour de vous. Méfiez-vous cependant qu’on ne profite de vous !” L’exemple type de phrases passe-partout qui ne signifie rien. Les lecteurs se diront simplement qu’ils sont prévenus et qu’ils feront gaffe. Et le reste est à l’avenant, des phrases bateaux qui feraient couler le second Titanic (qui d’ailleurs, s’appelera “le Titanic et se repose après”) Bon, à mon tour maintenant. Comme vous le savez tous surement, au vu de ma notoriété, je suis Cancer. Et pour les cancers, il est dit que :

Votre Humeur :
Votre énergie risque d’être en baisse. Ce ne sera pas le bon moment pour vous lancer dans un nouveau projet !
Vos Amours :
Une rencontre amoureuse est possible pour ceux qui sont encore libres. Ce n’est pas le moment de vous replier sur vous mêmes, acceptez les invitations !
Votre Travail :
Ne gardez pas vos opinions pour vous seul. Il faudra les communiquer et en faire profiter autour de vous !
Votre Vitalité :
Pensez à vous faire plaisir et ne renoncez pas aux petites joies. Elles vous permettront de tenir bon !
Me dire que mon énergie est en baisse à la sortie d’un week-end, c’est con mais je n’y aurais pas pensé tout seul! Quant à me dire de me faire plaisir, c’est la goutte d’eau. Au terme d’une intense réflexion avec moi-même, j’ai fouillé un peu l’internet pour tomber sur une étude faite par Henri Broch à l’université de Nice. Il avait demandé à un parterre d’étudiants de lui donner ses caractéristiques (date de naissance, lieu etc.) puis leur avait donné rendez-vous une semaine après avec leurs compte-rendus personnalisés et une fiche de satisfaction à remplir avec des évaluations allant de Faux à Excellent. Résultat : 69% des sondés ont considéré que la description de leur caractère était assez bonne, bonne, excellente. Attention, le twist arrive. Mais ce bon vieux professeur avait donné la même fiche à tout le monde. Et c’est par là que l’on se rend compte que l’on peut trouver à boire et à manger. C’est l’effet homme politique, un discours vague mais concret pour que le lambda puisse se reconnaître. Tout ceci pour conclure ainsi, sur une allégation qu’il me semble être vraie : comme tous les cancers, je ne crois pas aux horoscopes.

Jean Tibéri.

Mardi 10 février 2009

Salut Jeannot! Tu es né le 30 Janvier 1935, sur fond de crise nationaliste alors que la gauche et la droite s’écharpent sur la conduite à tenir de la France. Nos chers élus de droite sont pour la conciliation face aux dictatures italiennes et allemandes tout en laissant de bien jolies traces dans leurs caleçons lorsque Hitler ou Mussolini hausse légèrement la voix. La gauche, elle, réclame la fermeté. L’histoire dira qui avait raison. Toi, tu t’en fous, tu es tout jeune et tu grandis dans le 5ème arrondissement, promenant tes frêles jambes et ton teint blafard entre le Panthéon, la Sorbonne et le Jardin des Plantes. A tes 11 ans, alors que tes premiers poils poussent sur ton menton, tu entres au très réputé collège Sainte-Barbe qui a rasé d’ennui plus d’une célébrité au cours des décennies. Y sont passés, en vrac : Jean Jaurès, Gustave Eiffel, Bernard Kouchner, Claude Lelouch et autres Jean-Pierre Castaldi. D’ailleurs, chose amusante selon le sens qu’on veut bien lui donner, l’amicale des anciens élèves est reconnue d’utilité publique depuis 1880… Je laisse chacun méditer là-dessus.

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Ils étaient plus marrants avant les Bidochon...

Tu suis le cursus politique classique pour le formatage des grosses têtes : Droit-Magistrature-Piston. Mais tournons encore un peu du pot, veux-tu? Tout le monde attend fébrilement les passages qui t’ont rendu célèbres, tes réels faits d’armes qui feraient passer Bernard Tapie pour l’abbé Pierre. Alors accélérons, veux-tu? Tu entres en politique auprès de René Capitant, le dirigeant des gaullistes de gauche (ou comment démontrer qu’on a vraiment pris les gens pour des cons – pourquoi pas les lepenistes du PC tant qu’on y est?)

En 1965, tu es élu au conseil municipal de Paris. Trois ans après, alors que ton quartier s’embrase pour la cause révolutionnaire, tu deviens député suppléant pour René, ici présentement nommé un peu plus haut. Très peu de temps après, quand celui-ci entre au gouvernement, tu passes député à temps plein. En 1973, tu es élu député sous ton nom propre. Est-ce à dire que tu n’avais aucun droit d’être député avant? Chacun son point de vue. C’est à cette période que tu t’acoquines avec l’homme aux grosses lunettes, j’ai nommé Jacques Chirac, car tu as senti son gros potentiel et tu ne veux pas perdre les miettes de ce qu’il laissera trainer même si cela doit être les gants d’un précédent toucher rectal sur Marguerite, humble vache du Cantal à 327 kilos au garrot, lors d’un des nombreux salons de l’Agriculture. Pour te remercier de cette douce attention, il te fait secrétaire d’état dans cette même discipline agricole.

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Oui, bah quand on est moche et con, on réussit comme on peut, vous m'excuserez Monsieur le Juge.

En 1977, tu deviens suppléant de ce cher Jacques à la mairie du 5ème puis son premier adjoint. En 1983, tu es élu maire du 5ème et tu le resteras jusqu’en 1995, date à laquelle tu prendras non plus une part, mais la totalité du gâteau parisien. Ton mandat durera jusqu’à 2001 et il sera très peu marqué. Tu mets en place les couloirs de bus et les pistes cyclables et tu ouvres les voies sur berges aux piétons le Dimanche. Wahou… Bref, 2001, la rose au pouvoir à Paris. Tu restes maire du Cinquième et tu es encore en activité à ce poste malgré les procès qui te collent aux baskets tels les vieux chewing-gum usagés des trottoirs de Paname.

Enfin, nous y voilà. Premièrement, cette histoire occulte de marchés publics détournés par toute une bande de filou tel que toi s’est soldé par un non-(ça n’a pas eu) lieu bien rémunéré par toutes les parties en jeu. Jusqu’à Jacques Chirac était mouillé dans cette sordide histoire. Vient ensuite ton fait de gloire! Les faux-électeurs! Brillante idée! Comment gagner une élection quand on est sur de la perdre? Facile, faire voter des inexistants.

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Si vous pouviez arrêter de filmer après mon passage, ça m'arrangerait. Les gens qui arrivent ne sont pas tout à fait réglos.

L’affaire a éclaté le 23 Avril 1997 dans le Canard Enchainé, que ceux qui le critiquent seraient bien inspirés d’imiter. Entre 3.000 et 4.000 électeurs inscrits illégalement par le RPR sur les listes du 5ème. Des gens lambdas invités à donner un coup de pouce à Tibéri en échange d’un futur coup de main tel qu’une place en crèche, un logement, un emploi, une statue Place de l’Etoile etc. La bonne escroquerie organisée visant surtout des gens du bas peuple qui ne pouvaient que difficilement refuser. Les gens du Canard ont découvert le pot aux roses, en allant tout simplement – liste en main – vérifier que les gens habitaient bien à l’adresse indiquée. Du journalisme d’investigation en plein Paris, chapeau l’artiste. Il faut bien faire savoir que tu as eu le culot de tout nier alors que plusieurs des parents de ton épouse, Casanova de son nom de jeune fille, étaient inscrits irrégulièrement sur ces listes. Comme quoi Casanova n’embrassait pas que les femmes, parfois le vice aussi.

A côté de ce gros morceau, ton expulsion de la mairie de Paris suite à (encore une fois) une dénonciation du Canard pour non-paiement du loyer apparaît comme du caca de gendarme de la garde civile. C’est à se demander où se trouvent les autorités et ta conscience personnelle.

Ce qui nous amène au proverbe final. Quand Tibéri, la décence pleure.

Wolfgang Amadeus Mozart.

Mercredi 4 février 2009

Monsieur Mozart, bonjour. Tu nais le 27 Janvier 1756 sous le nom de Johannes Chrysostomus Wolfgang Theophilus Mozart, que tu abrèges en Wolfgang Amadeus Mozart. Au responsable de cette abréviation, j’aimerais dire que la prochaine fois, vous feriez mieux de prendre un vrai raccourci. Comme WAM. Parce que retenir ça en même temps que les 151 pokémons, c’est trop compliqué pour les mômes d’aujourd’hui. Tu nais à Salzbourg, ville du Saint-Empire Romain Germanique (même remarque que plus haut) dans laquelle les amendes étaient – paraît-il, je n’y étais pas – très salées. Cette commune est aujourd’hui autrichienne, ce qui leur permet de décrocher les lauriers de ta gloire, soigneusement posés près de ceux de Romy Schneider, Gustav Klimt, Sigmund Freud, Arnold Schwarzenneger et Adolf Hit… Ah non, pas lui.

Ton papa s’appelle Leopold et ta maman Anna Maria Pertl (ne me demandez pas comment ça se prononce, je n’en ai aucune idée, vous savez moi et les sauvages…). Leopold est vice-maître de chapelle à la cour du prince-archevêque de Salzbourg et réputé pour avoir de grandes notions de pédagogie, son épouse est juste son épouse et à l’époque, c’était bien suffisant pour elles, nan mais ho! Où va le monde?

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Okay tu avais du génie dans la musique mais tu as bien fait de ne pas faire coiffeur...

Tu te montres extrêmement précoce dès ton jeune âge. Ainsi, tu fais ta première crotte à 6 heures, ton premier pipi à 8 heures, à 12 heures tu es sur un vélo, à 12h01 tu tombes mais l’intention était là. C’est sur qu’à côté, savoir jouer du piano à 5 ans, ça a du juste emmerder tes parents d’attendre si longtemps. A 3 ans, tu démontres d’étonnantes facultés auditives musicales. Tu possèdes l’oreille absolue, c’est à dire que tu reconnais les notes de musique sans aucune aide écrite et dès le premier coup. Ton père y voit directement une source de profit splendeur et t’inscrit aux cours de clavecin, sorte d’ancêtre du piano. (On a dit partout que tu étais un petit génie et tout mais si c’était ton professeur qui était extrêmement doué? Personne n’y a pensé à ça hein? Je vais écrire une histoire, j’aurais le Pulitzer avec ça moi.) Tu as donc 5 ans et dans la foulée, tu apprends l’orgue, le violon et la composition.

Tu pars alors en tournée. On est en 1762, tu as 6 ans! Munich, Vienne, Francfort, Bruxelles, Paris, Londres, La Haye, Amsterdam,  Lyon, Génève, Lausanne et plus encore. De là à avancer que tu es la première rock star, pourquoi pas?  4 ans de voyage pendant lesquels tu émerveilleras les auditeurs à chaque passage et tu sauras tirer le meilleur de chaque culture et de chaque rencontre. A 11 ans, entre deux tartines de Nutella, tu écris ton premier opéra alors que tu as encore du chocolat sur les joues : Appolo et Yacinthus. L’année d’après, tu en composes deux, Bastien et Bastienne et La Finta Semplice, en commençant doucement à regarder sous les jupes des filles. Peu après, tu es nommé maître de concert et tu pars en road-trip en Italie avec ton père. Pas le must pour draguer. Tu y apprends toutes les bases de l’opéra, ce qui nous laissera tes plus belles œuvres : Le mariage de Figaro (avec un riche industriel français? Ah non, c’est pas le même), la Flûte Enchantée (des politiques français? Ah non, c’est pas la même). Le pape Clément avec un numéro que j’ai oublié mais on s’en fout, c’est pareil, disons le 15. Pardon. Le XV. Bref, il te fait chevalier de l’éperon d’or et ça, c’est quand même pas de la merde. Le 16 décembre, ton patron le Prince-Archevèque passe le violon à gauche. Il est remplacé par le même mais qui s’appelle Colorredo et qui est démocratiquement élu. Nan, je rigole.

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Pour qui? La postérité? Mais je m'en fous de cette conasse moi, je veux aller faire du vélo!

Tu as alors 17 ans et tu es brimé par ton nouveau boss. Il t’impose la forme de tes œuvres et n’aime pas trop te savoir en voyage, tu te renfermes alors pendant 3 ans avant de partir et d’aller écluser ta crise d’adolescence à Munich. Cependant, tu ne trouves pas de boulot dans la bonne vieille cité bavaroise (j’en connais qui doivent encore s’en mordre les couilles outre-tombe) et tu files pour Augsbourg puis Mannheim où personne ne veut de toi non plus. Tu tombes amoureux d’une cantatrice ce qui provoquera une rage noire de ton père qui te dira que la gloire n’a pas le temps pour les galipettes. Il te mettra une fessée en te rappelant entre chaque revers de la main de ne-pas-oublier-ta-carrière! Tu pars alors vers la France et Paris pensant les français plus enclins à ta gaudriole en oubliant que c’est déjà la crise à cette époque. Tu as donc du mal à survivre. Nous sommes en 1778 et ta mère meurt le 3 Juillet… Tu rentres dépité à Salzbourg en faisant un crochet par Munich pour revoir ta cantatrice qui te balance un uppercut en pleine face en t’apprenant qu’elle est amoureuse d’un autre. Le 29 Janvier 1779, tu récupères ton poste auprès du prince-archevêque.

Novembre 1780, c’est une seconde vie qui commence pour toi. L’opéra de Munich te commande une œuvre. Ce sera “Idoménée, roi de Crète” et un succès triomphal. Le prince-truc t’emmène alors à Vienne comme un faire-valoir. Sur place, il te traite de “voyou”, de “crétin” et de “peine-à-jouir” mais, au sujet de ce dernier, nous ne voulons pas en savoir plus. Tu t’installes alors dans la capitale autrichienne chez une certaine Madame Weber. Tu tombes follement amoureuse de la petite Constance Weber qui devient ta femme quelques mois après alors que tel un petit foufou, tu n’attends même pas l’autorisation de ton père. Ton émancipation est totale. Tu te maries donc le 4 Août 1782 alors que tu viens juste de terminer un opéra “L’enlèvement au sérail” pour l’empereur Joseph II.

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En hommage à Bilbo le Hobbit, Mozart s'habillait déjà comme lui en 1790. Vous avez (encore) dit précoce?

En 1784, tu entres dans la franc-maçonnerie (une association de gens proches de l’Espagne, très velus et adeptes de travaux manuels tels que le montage de parpaings ou de briques) et tu écris plusieurs oeuvres pour tes frères maçons tels que “Maurerische Trauermusik” ou encore “La Flûte enchantée”. Lorenzo Da Ponte, un de tes amis, réussit à convaincre l’empereur la création d’un opéra basé sur “Le Mariage de Figaro” de Beaumarchais. Ce sera donc les “Noces de Figaro” en 1786 et malgré son succès considérable, jamais démenti depuis, il sera très vite retiré de l’affiche.

200 ans avant ma naissance, pardon de t’avoir porté la poisse, en 1787 ton père décède. Cette nouvelle te bouleverse et influence énormément la création de l’opéra que tu avais en chantier. Don Giovanni ne sera qu’un demi-succès malgré son indéniable beauté. Alors mon petit Wolfus, tu commences à tomber en déchéance. Tu ne sais pas gérer ton argent, tu es criblé de dettes alors que tu es grassement payé pour ton œuvre abondante. Pour ne rien arranger, ton grand ami l’empereur Joseph Two décède et tu ne te retrouves plus vraiment apprécié de son successeur.

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Peu de temps après, Champollion déchiffrera les hyéroglyphes.

1791, tu finis par enfin composer la Flute Enchantée dont on a déjà parlé deux fois dans cet article. Tu meurs le 5 Décembre à 1h du matin. La nation n’est pas en deuil total comme on pourrait le supposer. Tu es enterré dans la banlieue de Vienne dans une sorte de fosse commune, signe d’un génie méconnu. Beaucoup de gens pensent encore qu’Antonio Salieri était ton ennemi juré se basant sur la vérité absolue des films qu’ils voient à la télé. Ceci est faux. Antonio était l’une des rares personnes présentes à ton enterremment et il fit même l’éducation musicale de ton dernier fils après ta mort.

Tout ceci nous emmenant donc au proverbe final : un silence après du Mozart, c’est toujours du Mozart alors faut surtout pas que quelqu’un pète.

Tu m’excuses pour hier, Joseph, mais j’avais des trucs à finir et tu n’es plus pressé maintenant, je peux te faire attendre un peu. Nous étions donc en 1935 et déjà, les premiers opposants à ton régime de bananes se faisaient connaître. Dans leur profonde intolérance, ceux-ci montent même une 4ème internationale par le biais de Léon Trotski. Mais Ramon Mercader, un de tes agents préférés pour sa petite moustache et son petit cul moulé dans son pantalon de toréro, assassine ce dernier au Mexique en 1940 pendant que tu envoies tous les dissidents compter les flocons de neige en Sibérie. Et que tu mènes ce que l’histoire gardera comme “La Grande Purge” avec la facilité que cette connasse a à donner des petits noms aguicheurs à des événements morbides. Chaque opposant est prié de fermer sa gueule comme si on était au cinéma. Tu prétends que c’était pour éviter de te faire prendre en traitre alors que la guerre mondiale éclaterait. Permets-moi d’être sceptique surtout si l’on apprend que tu as même fait fusiller des membres de ta famille pour dissidence et pas que le slow.

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Avis d'exécution : ce peintre qui me casse les couilles.

Passons tout de suite au sujet qui vous intéresse, la World War Two comme disent nos amis d’Outre-Atlantique. Après deux toutes petites batailles de frontières de rien du tout avec le Japon et la Mongolie, tu entres tête dans le guidon dans la guerre. Chien fou, tu entres en Pologne, tu prends la Finlande, les états baltes puis la Moldavie, le tout en ayant le temps de te lisser la moustache et de faire quelques courbettes à Hitler afin que celui-ci ne t’ennuie pas. ERREUR! Grossière erreur! Celui-ci rompt le traité de non-agression en faisant entrer la Wehrmacht en URSS sans valider son ticket. Tu avais pourtant refusé d’y croire, tu faisais fusiller tes fidèles qui te mettaient en garde au sujet de l’homme à la moustache. Bien mal t’en prit. Tu écris alors dans ton journal intime “Il m’a trahi, ce salaud, j’lui cause plus” avant de bruler ce dernier dans un élan de fanatisme. Les allemands échouent dans leur invasion à 22 kilomètres seulement de Moscou et ressentent alors les boules qu’on a aujourd’hui quand un téléchargement se bloque à 99.9%. Il y a quand même une justice, ils ne sont pas que pour nous les grands maux de la vie. Les schleus décident de se rabattre sur Stalingrad, ville ô combien symbolique pour t’humilier grandement. Ils échoueront là-bas aussi, comme quoi à part le foot… Et pendant que les alliés débarquent en Normandie en ramassant toute la gloire et en signant des contrats avec Spielberg (qui a pour initiales SS, vous noterez que c’est troublant), c’est ton armée qui faisait tout le boulot en détruisant 79.865% de la puissance allemande. Et ne faites pas gaffe à ce pourcentage, c’est pour faire professionnel.

1945, la guerre est finie. Tu te nommes toi-même le “Généralissime”,  un matin où tu te rasais en te regardant dans ta glace et que tu trouvais que Joseph, ça faisait trop voisin de palier. Tu décides que l’hymne soviétique ne sera plus l’internationale mais un chant à ta gloire. Tu places sous ta direction tous les pays que tu as traversé et tu fais le bilan de tes morts en jouant à la belote. 25 millions de cadavres pour environ 20% de la population russe de l’époque. Joli score. Vient ensuite le Kominform, cette sorte d’amicale internationale des buveurs de rouge à bob Ricard qui rassemble tous les Parti Communiste d’Europe.

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Et De Gaulle, il est où? Bah, il prend la photo...

1949, tu as 70 ans, vieux croûton et tu t’accordes un anniversaire spectaculaire. Une sorte de surprise party dans tous le pays, où personne n’est invité mais tout le monde doit venir. C’est le pic Staline, cette époque où le culte de ta personalité est à son paroxysme. Tu crées même des Prix Staline pour concurrencer les Prix Nobel… Ca va les chevilles? Tu prends ton plus joli stylo bic et tu reécris aussi les livres d’histoire. Ainsi, tu deviens le co-auteur de la Révolution russe, père d’Adam et Eve, responsable du pet qui a déclenché le Big Bang et aussi inventeur du fil à couper le beurre, sans pour autant t’en vanter des masses. J’ai déjà dit que c’est pas joli joli d’écrire sa légende alors la modifier, permets-moi de te dire que c’est pathétique.

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Pourquoi il est là, Christophe? Parce qu'il a crié "Staline, pour qu'il revienneeeee!"

Le 28 février 1953, tu sors du bureau. Il est aux alentours de 16h30 (et après, on dit des fonctionnaires mais les dictateurs, c’était quand même quelque chose) quand tu montes dans l’une des trois voitures qui t’attendent. Paranoïaque comme tu es, il y en a deux qui sont des leurres et qui prennent un itinéraire différent. Tu arrives à ta Datcha (à tes souhaits) non loin de Moscou puis tu montes te coucher dans une de tes 7 chambres blindées. Tu ne sors pas de ta chambre du lendemain et au soir, le chef de la garde s’inquiète. Il réunit des camarades pour savoir que faire. Ils ont très peur de déranger et de recevoir un coup de martinet sur leurs fesses rouges mais ils se décident quand même. Ils te retrouvent mort mais mettent 6 heures avant d’appeler les médecins et ils invoqueront pour leur défense après que tu ne leur avais pas dit de le faire. C’est pas faux.

9 Mars 1953, tes grandioses funérailles se soldent par des bousculades faisant des centaines de victimes. La suite, c’est Nikita Khrouchtchev qui la donne. L’Urss rompt avec le stalinisme par texto, ton corps est retiré du mausolée de Lénine et Stalingrad devient Volgograd. Mais il réforme la forme et pas le fond, ce qui mènera tout le monde aux gentils événements des années 80′. Mention spéciale à Klement Gottwald, alors président de la Tchécoslovaquie, qui prend froid lors de la cérémonie d’enterrement et qui décède une semaine après. Même mort, tu tuais encore.

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C'est le petit Picasso qui nous a fait un beau portrait de toi. Il est tout juste âgé de... Ah bon, 72 ans. Merde.

Salut Iossif! Ca roule au paradis des dictateurs? Bon, de tous ceux que j’ai pu croiser, c’est toi qui commence le plus tambour militaire battant. Ainsi, jusqu’à ta date de naissance, il y a litige. Tu es né pour de vrai le 18 Décembre 1878, ce qui réfute totalement la théorie comme quoi Victor Hugo évitait d’être contemporain des crapules. Je dis “pour de vrai” (si si, ligne du dessus, suivez un peu) parce que tu as fait modifier ta date de naissance en 21 Décembre 1879. C’est soi-disant pour que celui-ci puisse être commémoré par la nation entière en même temps mais je tiens de source sure que c’était juste pour avoir l’air moins vieux. Alors que tout le monde paie pour de la chirurgie, toi tu changes ta date de naissance. Pas fou, Jojo.

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Le regard froid, la raie de côté. Tu ne te serais pas fait victimer à l’école toi?

Tu nais donc en Géorgie. Ta mère est couturière et ton père cordonnier, c’est dire que, des pieds aux épaules, tu es sapé totalement gratuitement, petit filou. Tu es un garçon au caractère difficile mais celui-ci serait dû à la personnalité envahissante de ton doux papa, Vissarion Djougachvili. Ta maman, Ekaterina Gavrilovna Gueladzé, n’est dans cette histoire que pour confirmer ce que l’on savait déjà : les russes ont des noms compliqués à prononcer juste pour embêter les élèves qui doivent tout apprendre par cœur. Ceci dit, elle travaille dur pour que tu puisses poursuivre tes études et tu finis par les rattraper.

A tes 14 ans, tu entres au séminaire de Tbilissi où tu resteras 6 ans. Tu suis divers cours, dont lectures des textes saints, religion, droit canon et autres joyeusetés. Tu commences à te montrer rebelle qu’en 1899 alors que tu es chopé plusieurs fois en train de lire des livres interdits et même pas pornographiques (Les travailleurs de la mer de Victor notamment,) et tu es finalement renvoyé pour avoir séché totalement l’examen de lectures bibliques. C’est à cette époque que tu découvres Dostoïevski, Fedor de son prénom, le fantastique romancier russe, que tu feras interdire plus tard pour sa mauvaise influence sur la jeunesse… J’apprécie ta reconnaissance.

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Il a raté sa destinée de savant fou.

Tu commences alors à vivre ta vie de clandestin. Tu deviens un vrai loulou, braquages de banques – arrestation – déportation – évasion font partie de ton quotidien. Tu adhères alors au Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie en même temps que tu gagnes le surnom de Koba, qui signifie l’ours. C’est à cette époque que tu rencontre Lénine que tu garderas dans ta mémoire comme un exemple entre tous. Un homme au-dessus des hommes. Cependant, lui ne te rendait pas la pareille. Il oubliait même ton nom devant ses amis et racontait partout que tu jouais trop perso au foot et que tu pétais au lit.

Vint ensuite la révolution de 1917 et la disparition d’Anastasia. Tu prends la direction du parti mais dès le retour de Lénine, tu te ranges rapidement derrière lui comme le bon chienchien à son maimaitre en exécutant les moindres de ses ordres. Et tu rappelleras sèchement à tes collègues leurs errements quand Lénine aura cassé sa faucille et son marteau. Tu crées alors le Politburo, qui était bien sage et bien élevé comme son nom l’indique et qui réunira toutes les futures gloires du PC.

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Moi, Staline et Humanité dans la même phrase, ça me frise les oreilles. Pas vous?

La guerre civile russe débute en 1918, comme quoi on n’a pas tous fait la paix à cette époque ci et tu es nommé commissaire bolchévique à Tsaritsyne. Ville que tu renommeras plus tard du haut de ton humble modestie, “Stalingrad”. Tu te fais remarquer pour ta légendaire méfiance envers tout ce qui n’est pas prolétaire. Il paraît même que tu inspectais tous les matins les moustaches de tes camarades pour qu’elles correspondent à la tienne. Sinon, c’était louche – je cite. Tu te découvres une propension à la tuerie et à l’exécution sommaire ce qui te fera entrer en lutte constante avec Léon Trotski, qui le paiera cher en 1927 avec emprisonnement et exil. En 1920, tu fais échouer la promenade vers Varsovie par un habile coup de traitre et tu diras ensuite “c’est pas moi, c’est lui” pour ta défense.

A l’époque, l’ascenseur social (c’est le cas de le dire) fonctionnait à merveille puisqu’à force de mutisme et de soumission, tu finis secrétaire général du Parti. Tu prends comme première grande décision d’envahir ton pays d’origine, la Géorgie. Ceci provoque une colère impuissante sans nom de Lénine car il était déjà gravement malade.

Pendant ce temps-là, tu apprends l’existence d’un fils né de ta première femme, morte en 1907. Il s’appelle Iakov Djougachvili et tu le couvris de bisous et de belles paroles comme lorsque celui-ci essaya de se suicider alors que tu venais de lui refuser le mariage avec sa chère et tendre. Il prit un flingue, se tira à la tête mais se rata par on-ne-sait quelle magie. Tu aurais alors dit dans ta draperie de vertu : “Il n’arrive même pas à tirer correctement.” Sympa, le daron. Tu te remaries en 1919 avec Nastasia Alliluyeva avec une jeunette de 18 ans alors que tu en as déjà 41… Vieux pervers.

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Une fleur par mort dans notre famille, vous êtes trop bons, Jojo.

Tu fais ton trou au parti et ta dégaine bonhomme et ton allure commune font de toi le chouchou de tes camarades. Ils te préfèrent à un Trotski trop solitaire et trop brillant. Tu fais donc jouer tes réseaux et à la mort de Lénine, son testament, dans lequel il te désavouait, disparaît comme par enchantement. T’en auras eu de la chance… Pendant 8 ans, tu travailles dans l’ombre à expulser tous les gens qui pourraient t’être désagréables et à placer à des postes importants, tes plus fidèles lieutenants. Ainsi, le 21 Décembre 1929, tes 50 ans sont fêtés en grande chaussure à travers tous le pays et c’est le début du culte de ta personnalité si cher à nos profs d’histoire.

Tu es peu porté vers l’internationale et tu refuses de sortir de l’URSS, ce qui nous apprend que tu as très peu écouté les conseils qui prônent la mondialisation comme seule alternative, petit fripon. Tu ne définis pas ton parti comme communiste parce que ça voudrait dire qu’il faudrait que tu partages avec plein d’autre pays et que bon, faut pas non plus pousser les matriochkas dans la taïga. C’est donc une dictature totalitaire marxiste-léniniste. Tu prônes directement le progrès total car “L’urss doit être une Ferrarri devant les Renault” (c’est mon petit frère qui me souffle les citations, faites pas gaffe). De 1929 à 1933, tu “collectivises” les terres de millions de paysans. J’apprécie ton utilisation de la sémantique pour ne pas dire que tu les expropries. En 1934, après la dernière guerre paysanne de l’histoire de l’Europe, l’objectif est atteint même si tu as frôlé le Game over.

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Quand Lénine et Staline jouent à Risk, c'est toute l'Europe qui se chie dessus.

La moitié du bétail abattu par les paysans en colère, des terres ravagées, une famine qui fit environ 10 millions de morts et deux millions de déportés dans les goulags. Le tout pour financer l’industrialisation. Ton premier plan quinquennal s’en sort très bien et la production fuse vers des sommets puisque les emprisonnés du goulag sont envoyés aux grands travaux : métro de Moscou, villes nouvelles, énormes usines, canaux, barrages et autres statues du Patron. C’est aussi la naissance du Stakhanovisme et chaque retard répété de 10 minutes est systématiquement accompagné de sa prime de goulag.

Les moeurs ont alors des règles bien établies : interdiction de l’avortement, prison pour les pédés, culte de la bonne famille socialo et toutes sortes de joyeusetés dans ce style pendant que tu redescends l’âge de la peine de mort à 12 ans…