Jean Jaurès.
Jeudi 17 septembre 2009
Salut Jeannot ! Tu es né à Castres et pour quelqu’un qui aura passer sa vie à se bouffer les couilles, tu ne pouvais pas plus mal tomber. Ton vrai nom est Auguste Marie Joseph Jean Léon Jaurès et en celui de tous les écoliers-collégiens-étudiants-cons (rayez la mention inutile) de France, je tiens à te remercier d’avoir choisi le plus court, sans blague, enfin quelqu’un d’intelligent ! Ton papa s’appelait Jules et ton frère Louis. On peut dire que vous formiez la bonne petite famille française. Bon, ta mère s’appelait Adélaïde mais on ne peut pas trop en demander et puis n’oublions pas qu’en vivant en 1859, elle pourrait se contenter du droit de cité, c’est déjà beaucoup ! Non mais quel toupet ! Il est écrit dans ta biographie qu’entre ton année de naissance, 1859, et ton départ de la maison, 17 ans plus tard, en 1876, tu effleureras du bout des doigts de ton humble destinée, un semblant de misère du peuple. Mon cul ! C’est toi qui a rajouté ça pour te donner une caution politique. Fais attention, je surveille et ne nous prends pas pour des cons, on ne s’inscrit pas à Louis-le-Grand en payant avec les résidus de sueur du front de ses parents.

Ainsi parlait Jésus sur la colline.
Nonchalamment, tu montes à Paris et tes premières femmes alors que tu traines tes guêtres, donc, au lycée Louis-Le-Grand, en soupesant le poids de l’aura des Baudelaire, Hugo, Molière et autres Voltaire passés par-là avant toi. Tu entres ensuite à l’école normale supérieure (normale et supérieure, ça m’a toujours fait marrer, c’est pas correct de montrer son faux-cul comme ça) et tu fais connaissance avec son jargon bien précis : le caïman est le formateur à l’agrégation, le cacique est le major du concours d’entrée, le restaurant est le pot et les femmes de ménages sont des sioux. Quant à savoir pourquoi ils utilisent des noms de codes à résonance sud-américaine, il faut comprendre que les gosses de riches ont généralement besoin d’un exotisme qui les éloigneraient du mauvais gout de la populace française. Bref, tu termines troisième en 1881 à l’agrégation de philosophie dans la même promotion que Henri Bergson et tu deviens donc professeur ! Tu entames ta carrière à Albi, non loin d’Alétéreau et limitrophe de Bal’hommeau avant de la poursuivre à Toulouse.
En 1886, tu te maries avec Louise Blois qui dira avec honneur et courage à la face de la France brisée par ton décès : “Aujourd’hui, je Blois du noir.” Tu auras deux enfants : Madeleine et Louis. Louis, c’était pas le prénom de ton frère ? Non comme ça… En 1885, tu es élu à l’Assemblée nationale où, du haut de tes 25 ans, tu fais figure de bambin face à tous ces grabataires en robes. D’ailleurs, tu n’es pas réelu en 1889. Penaud, tu retournes à Toulouse en noyant ton regret dans les verres de Bourbon à défaut de revoir le Palais. Tu reprends les cours et tu deviens docteur ès philosophie.

Mes biens chers frères, mes biens chères soeurs : reprenez avec moi tous en choeur ! Pas de boogie-woogie avant d'avoir fermé la mine ce soir !
Petit échantillon d’une séance normale : “docteur, aujourd’hui je ne me sens pas bien, j’ai le moi et le surmoi qui se bagarre dans mon inconscient, ça m’empêche de tourner en losange.” semblait-elle dire. “Bien, allongez-vous et dites “la conscience morale est-elle le fruit uniquement de l’éducation?” ” Bref, entre deux leçons, tu commences à collaborer avec le journal radical “La dépêche du midi”. Tu deviens ensuite conseiller municipal puis tout en prenant des galons et en les accolant à ta chemise rouge, maire adjoint. Franchement, Jean ! D’ici l’on sent la lente descente vers l’enfer du socialisme. Tu aurais du t’inscrire dès le début aux socialistes anonymes, dès que tu entrevoyais les premiers symptômes. Mais non, tu persistes et c’est là qu’intervient la grande grève des mineurs de Carmaux.
Récapitulons pour les ignares de l’histoire de France et autres footballeurs : Jean-Baptiste Calvignac est mineur à Carmaux et je tiens à remercier l’Histoire avec son bout de hash pour nous accorder des noms si pittoresques à chaque fois. Donc Jb le mineur est élu maire de Carmaux même si j’étais persuadé qu’on ne pouvait élire un mineur à la mairie mais je m’égare et pas que des Invalides. Jb est donc élu maire mais son vilain patron n’accepte pas toutes ces absences et le renvoie de la mine en frappant d’un grand coup sur le haut de son critérium. Grande grève de tous les mineurs, soutien du gouvernement au big boss qui envoie l’armée et l’on ne pourra pas dire que l’on ne savait pas vivre à l’époque. Dans tes chroniques au journal, tu te montres extrèmement virulent envers le gouvernement accusant la République d’être aux mains du capital. Je te rassure, mon Jean, ça n’a pas trop l’air d’avoir changé depuis. Tu fais donc ton apprentissage de la lutte des classes et pas que celle entre la 5ème C et la 3ème A. Au final, Calignac s’en sort vainqueur et tu es alors nimbé d’une aura socialiste.

Jean Jaurès ne pouvait pas penser à tout et c'est betement que le noir et blanc le fait passer pour un anarchiste. Ils sont roublards, ces anars !
Tu es donc alors élu député socialiste et tu deviens le défenseur de toutes les causes nobles : la verrerie de Carmaux, la verrerie d’Albi, les vignerons de Marausson et la réhabilitation du Chabichou.
1894 nous témoigne d’un évènement fondateur : l’affaire Dreyfus. Quand on dit “une affaire” déjà, c’est du sérieux. Mais quand il y a un nom après, c’est que ça pue le gaz. Donc Dreyfus, tous les écoliers connaissent, on les emmerde assez avec ça. Mais ce qu’ils savent moins, c’est qu’au début tu es totalement con-vaincu de la culpabilité du sus-dit. Mais Emile Zola et son “J’accuse” tonitruant réveille ta conscience et te pousse à voir l’homme qu’il existe parfois sous le militaire. Tu te ranges de son côté tant qu’il en était encore temps et tu t’opposes à plusieurs socialistes qui refusent de soutenir un bourgeois. Tout le monde connait l’issue de cette affaire et tu acquiers une envergure nationale .
Te voilà alors sur tous les fronts : co-directeur de la “Petite République”, soutien au gouvernement de Waldeck-Rousseau, tout en écrivant “l’histoire socialiste de la France républicaine” avec les pieds. 1902, tu participes à la fondation du Parti Socialiste tout en étant son porte-parole à l’assemblée. 1905, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ? Tu en es. On dit souvent qu’un bon homme politique doit être opportuniste mais franchement être en si bon rapport avec l’histoire et les bons coups, ça parait louche. Tu n’as pas croisé la route d’une DeLoréan DMC-12, par hasard ? Tu fondes l’Humanité, journal qui court toujours de nos jours. Empruntons la voiture de Doc Emmet Brown et allons directement en 1914.

Qui besognera la veuve en premier ?
Tel Hari Seldon, tu prédis l’arrivée d’une grande crise. Tu le sens, les signes le montre. Tu essaies bien d’alerter la population mais rien n’y fait. Le pacifisme ne paie pas. Tu mènes un combat effrené, tu tires toutes les sonettes d’alarme que comportent ce train fou. Mais rien n’y fait, tu prêches dans le désert et tu ne croises pas un bédouin.
Le 31 Juillet, tu dines au café du Croissant, c’est original, et tu es assis dos à la fenêtre ouverte. Fallait-il que tu sois confiant pour ainsi tenter le Diable ? Raoul Villain se glisse derrière la fenêtre et tire deux fois. Une en pleine tête et l’autre dans une poutre en bois pour dire qu’il n’était pas si bon tireur que ça, “votre honneur”. Trois jours après, c’est la grande guerre. Une station de métro est baptisée en ton nom dès le lendemain en remplacement de la station “Allemagne” qui faisait tache dans le paysage.
En 1924, la patrie reconnaissante te transfère dans le plus grand cendrier du monde pour ton pacifisme humaniste en oubliant bien vite qu’en 1919, ton meurtrier sera acquitté et ta femme condamnée à payer les frais de procédure. Merci la République. Comme disait le proverbe que tu as brillament inspiré de par ton amour de la langue de Molière “Si Jaurès su, Jaurès po v’nu!”
Le Coach – Olivier Doran
Mardi 15 septembre 2009
Chêne est un coach renommé qui accumule les succès professionnels. Mais c’est aussi un joueur invétéré qui a des dettes colossales. A bout de patience, sa femme le quitte.
Pris à la gorge par ses créanciers, Chêne accepte un contrat qui peut le sauver : coacher à son insu Marmignon, un directeur très singulier qui semble être le pire coaché imaginable.
Comédie classique sur les bases d’un duo antagoniste que tout oppose. C’est dire s’il n’est rien à dire sur le scénario très peu inventif et porté uniquement sur la performance des deux acteurs. Le duo fonctionne bien notamment grâce au talent de Jean-Paul Rouve à être convaincant dans la stupidité. Richard Berry est plus insipide qu’une larve cuite à l’anglaise, c’est pour dire. Tout l’intérêt du film réside donc dans les rebondissements improbables qu’égrènent le réalisateur à travers son histoire. Seul point remarquable : l’apparition de la culture dans un film comme celui-ci. Très appréciable, la scène autour d’un livre de René Barjavel donne un petit piment ainsi que le concert de musique baroque qui clôt le bal de ce coach un peu brouillon. La réalisation est un peu pataude mais ce n’est pas vraiment ce que l’on demande aux films calibrés pour passer sur TF1 le Dimanche soir à 21h et c’est ainsi que la mise en scène n’est pas non plus bien affriolante et que la bo ne suit pas vraiment non plus…
Au final, les seules lumières du film, hormis celles qui s’allument à la fin du générique, sont les saillies verbales parfois bien balancées de la part de nos deux compères. Ne soyons pas bégueules, cela divertit le chaland mais on se prend à souffler de désespoir quant à la vacuité des propos et à la banalité de l’intrigue.

La comédie française est un genre à part entière puisqu’il en sort énormément chaque année. Elle répond quasiment toujours aux critères des vases communicants. Un grand con et un petit intelligent, parfois l’inverse, qui apprenne l’un de l’autre sur les valeurs de la vraie vie.
Les notes de chaque catégorie ne se valent pas entre elles. Il est inutile de crier au scandale lorsqu’une petite merde a une meilleure note qu’un film plus sérieux. Chaque catégorie possède ses propres critères et un 2/10 dans l’une peut ne pas valoir un 8/10 dans l’autre. Merci de votre compréhension.
The Reader – Stephen Daldry
Lundi 14 septembre 2009
Allemagne de l’Ouest, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Un adolescent, Michael Berg, fait par hasard la connaissance de Hanna, une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Commence alors une liaison secrète et passionnelle. Pendant plusieurs mois, Michael rejoint Hanna chez elle tous les jours, et l’un de leurs jeux consiste à ce qu’il lui fasse la lecture. Il découvre peu à peu le plaisir qu’elle éprouve lors de ce rituel tandis qu’il lui lit L’Odyssée, Huckleberry Finn et La Dame au petit chien. Hanna reste pourtant mystérieuse et imprévisible. Un jour, elle disparaît, laissant Michael le coeur brisé. Huit ans plus tard, devenu étudiant en droit, Michael assiste aux procès des crimes de guerre Nazi. Il retrouve Hanna… sur le banc des accusés.
Peu à peu, le passé secret de Hanna est dévoilé au grand jour…
Sujet trouble pour époque trouble. Concentration maximale et attente au coin de l’oeil. Impossible de se louper pour le réalisateur et sa production au risque de faire un tollé. Et dès le début, il nous prend à contre-pied le Stephen. Aucune image de la guerre, aucune perception d’un pays en guerre, le spectateur est tout simplement balloté et ému de cette amourette entre un jeune garçon de 15 ans et une femme qui est censé être de deux fois son ainé. Le scénario tient en deux lignes mais c’est la profondeur de tout ce qu’il implique qui est intéressante. Que faire quand on a aimé une nazie active ? C’est la complexité de cette question qui tient en haleine tout du long.
Parce que Kate Winslet joue à merveille son rôle de femme analphabète mais fortement orgueilleuse qui se retrouve piégée par l’histoire à cause de sa honte de son incapacité à écrire et lire pendant que David Kross/Ralph Fiennes sont très justes dans leurs jeux respectifs. Ils sont magistralement servis par la mise en scène élégante et la photo qui l’accompagne notamment sur certaines trouvailles stylistiques. J’ai trouvé presque beau le suicide final sur les quatres livres que lui lisait son protégé. Je signale au passage l’égotisme des américains et autre anglophones qui consistent à faire parler dans la version originale des allemands en anglais sans même faire allusion une seule fois à la langue.
Encore une fois et c’est un défaut récurrent dans le cinéma, on aide les gens à penser. Reprendre trois passages au moment où il apparaît clairement qu’elle ne peut ni lire ni écrire est un manque réel de confiance envers le public et de subtilité envers les intelligences. Mais c’est le manque de repères chronologiques qui m’a perdu à l’entame. Et les minces allusions historiques ont, je le crains, été mal placées. Ainsi quand le petit Michael est malade en 1942, il collectionne déjà des timbres de l’an 1945. On apprend à la fin du film la date de naissance de Hanna Schmitz sur sa pierre tombale. Elle est de 1922 ce qui l’amène à 20 ans quand ils se rencontrent peu avant sa signature chez les SS. 20 ans pour ce qui semble être une femme d’une quarantaine d’années et qui arrive à la mort à 60 ans, l’âge que parait Michael/Ralph Fiennes à l’écran.
C’est donc un film émouvant mais avec de grosses ficelles qui ôtent tout plaisir de découverte au spectateur mais ne soyons pas pointilleux, ceci reste un Reader digeste.

Le film historique est un film relatant un fait d’histoire. Il peut aller du Big Bang à un fait-divers de la semaine dernière. Il se distingue par son ton clément et sa volonté de compréhension. Il alterne entre l’excellent et le piètre.
Les notes de chaque catégorie ne se valent pas entre elles. Il est inutile de crier au scandale lorsqu’une petite merde a une meilleure note qu’un film plus sérieux. Chaque catégorie possède ses propres critères et un 2/10 dans l’une peut ne pas valoir un 8/10 dans l’autre. Merci de votre compréhension.
Non, ma fille, tu n’iras pas danser. Christophe Honoré.
Lundi 14 septembre 2009
Depuis qu’elle s’est séparée de Nigel, Léna traverse la vie comme elle peut avec ses deux enfants. Elle triomphe avec vaillance des obstacles semés sur leur route. Mais il lui reste à affronter le pire : l’implacable bonté de sa famille qui a décidé de faire son bonheur.
Voilà, typiquement les scénarios de film d’auteur français. Une petite aventure égocentrique à la recherche de soi-même. Alors que dire du scénario ? Il doit certainement parler à quelqu’un mais ce n’est pas mon cas. J’en conclurais donc que ce film ne s’adressait peut-être pas à moi mais à un public plus âgé, plus averti ? Soit. Mais le script pêche vraiment par deux points : son inconsistance et sa futilité.
1h45 à tourner en rond, ça peut paraître long. Mais ces quasi-deux heures passent vite grâce notamment aux qualités évidentes de Christophe Honoré en tant que metteur en scène. Même si on a la sensation parfois qu’il prend le spectateur pour un couillon et par la main comme avec cette scène où la pauvre Léna rame sur le fleuve et n’arrive pas à s’en sortir non plus comme une métaphore de sa vie de merde. Mais on lui pardonne pour la virtuosité dont il fait preuve. Je suis resté aussi dubitatif devant la séquence “danse bretonne” qui coupe le film en deux en étant atrocement longue. Quel était le but ? Faire bien comprendre aux gens la relation entre le titre du film et la fin du susdit ? Encore une fois, un exercice de style visuellement beau mais incohérent dans l’ensemble. Alors j’avoue avoir passé plus de temps à déchiffrer les plans qu’à m’émouvoir des déboires de Chiara.
Et parlons-en des déboires : elle alterne entre le bon et le pitoyable et l’on finit par se demander si ce n’est pas ça jouer un rôle avant de se rendre compte que non, elle en fait quand même un peu trop. A ses côtés, Marina Foïs est impeccable et prouve qu’elle peut jouer à peu près tout notamment grâce à sa voix cinglante et sa répartie facile. Quant à Louis Garrel, je suppose qu’il doit faire grincer des dents mais j’aime sa façon de survoler les films avec sa voix aérienne, ses manières de théâtreux et son débit soigné. Les personnages secondaires sont anecdotiques, rien de concret ne se dégage d’eux.
La bande-sonore est à l’image du film. Lente, pesante et inquiétante. Le tout est à l’image de l’ambiance dans la salle lorsqu’apparaît le générique de fin. Le silence que personne n’ose rompre en se levant et la question éternelle : “Tout ça pour ça ?”
En conclusion, “Non ma fille, tu n’iras pas danser” et j’irais pas danser avec elle non plus.

Le film français est un film d’auteur. Il est souvent à sujet assez personnel. Il propose très peu de mouvement et souvent beaucoup beaucoup de dialogues. Il se caractérise par sa lenteur que certains qualifieraient de “chiante”, d’autres de “poétique”, c’est selon. Le film français a ses grands admirateurs ainsi que ses détracteurs de toujours.
Les notes de chaque catégorie ne se valent pas entre elles. Il est inutile de crier au scandale lorsqu’une petite merde a une meilleure note qu’un film plus sérieux. Chaque catégorie possède ses propres critères et un 2/10 dans l’une peut ne pas valoir un 8/10 dans l’autre. Merci de votre compréhension.
Claude François.
Jeudi 10 septembre 2009
Salut Cloclo ! Comment ça va au panthéon des ringards ? Mais commençons par le commencement, ensuite viendront les questions. Tu es né le 1er Février 1939 en pleine année électrique pour la France et son avenir. Mais tu t’en fous, tu vis en Égypte. Alors pourquoi n’as tu pas tenté de servir la soupe avec la semoule et les boulettes aux égyptiens, aux côtés de la divine Oum Kalsoum ? Et bien, c’est encore un coup des marasmes de l’histoire.
Ton enfance s’écoule doucement tel le Nil au mois de Juin et sous le soleil des pyramides, tu laisses pousser ta frange blonde d’enfant modèle tout en te demandant si le Sphinx avait toujours eu le nez comme ça. Et un beau jour alors que tu te baignes le cul blanc dans ton canal préféré survient la terrible nouvelle. Le canal de Suez est nationalisé par les Égyptiens le 26 Juillet 1956, tu as alors 17 ans. Français (ton père l’est) et Britanniques sont expulsés sur-le-désert

Pose équivoque, eye-liner, pull marin. C'était pas le fils de Tétu et du journal de Mickey ton journal ?
Tu fais ton propre débarquement à Marseille mais pas pour libérer la France de l’envahisseur à moustache. Ta petite famille s’installe à Monaco puis à Nice, le mètre carré étant beaucoup trop cher sur le Rocher. Mais Papa se languit de son Égypte et affiche de sérieux problèmes de santé. Tu prends donc sous ton aile malingre le poids du chef de famille. Entre les petits boulots, tu trouves le temps d’apprendre la batterie, le violon et le piano. Permets-moi de te dire que tu es con, tout ça pour ne jamais rien composer par toi-même, fallait pas te donner autant de mal. Ton charisme et ta beauté d’Appolon huilé te font connaître dans le milieu branché (putain mais qu’il est drôle, notez bien la présence du champ lexical de l’électricité). Bref, en boîte, tu rencontres Brigitte Bardot et Sacha Distel qui te conseillent de tenter ta chance à Paris la belle.
Le petit Claude pointe le bout de son filament, sans un rond dans la banane. Et tu enregistres ton tout premier disque, le “Naboul Twist” qui fait un four. Court-circuit dans la machine sous le pseudo de Koko. J’ai presque envie de succomber au péché et de lâcher un sobre “lol”. Ton père, en entendant l’horreur sur les toilettes, succombe et tombe la tête la première sur le carrelage en gémissant une dernière phrase : “on aura jamais assez de pq pour cette merde là”. Déjà brouillé depuis peu, tu t’en veux de ne pas t’être réconcilié avant le drame. Tu te lances alors à cerveau perdu dans la musique et malheureusement, on ne l’a toujours pas retrouvé. On t’enverra un chrononuage si on met la main dessus. Bref, tu sors un “Belles, belles, belles” chatoyant à la face de la France qui n’en demandait pas tant et toutes les midinettes se trémoussent sur la rime baudelairienne “belle, belle, belle comme le jour. Belle, belle, belle, comme l’amour”. C’est beau. Mais c’est une reprise des Everly Brothers. Ta première mais pas ta dernière…

Appel au public : laissez-le tomber, ne le rattrapez pas ! Ceci est un ordre.
Tu vas vite te transformer en un fabuleux traducteur anglais poignant/français mielleux. Le “From me to you” de Lennon/Mc Cartney se transforme en un “Des bises de moi pour toi” des plus dégoulinants. En 1964, tu es déjà une belle grande starlette puisque tu fais l’Olympia. Pavoise pas non plus, Alizée aussi l’a fait… Si on ne peut pas te retirer quelque chose, c’est ton sens des affaires. Et comprendre en 1966 que pour faire de l’audience, il fallait faire danser des jeunes bombes à moitié-nues dans ton dos était assez avant-gardiste. Ainsi naquirent les Claudettes. L’année suivante, Jacques Revaux et Gilles Thibault te servent sur un plateau “Comme d’habitude”. Succès énorme repris par Paul Anka qui le transforme en My Way, chanson totalement différente. C’est elle qui sera reprise mondialement. Après t’être fait piquer ta femme par Gilbert Bécaud, tu fais un gamin à une gamine que tu as signé sous ton tout nouveau label : Flèche. Et tu es très loin de te vanter d’en être une. Le 14 Mars 1970, à force d’avoir trop bougé tes jambes dans tous les sens sans ordre logique à la manière des jeunes tecktoniks killers de nos jours, tu nous fais un petit malaise. Ou bien, tu nous fabriques un petit malaise. Car en accord avec ton producteur, tu as monté ce coup pour faire parler de toi.
Si ça ne t’ennuie pas, on va un peu plus s’attarder sur tous les faits divers qui t’entourent parce que tes chansons de merde tout le monde les connait et tu comprends bien qu’on ne peut pas en faire des études de texte. Donc le 17 Mai, tu as un accident de voiture à cause d’un pneu crevé. Tu te fractures le nez et t’éclates les pommettes mais les cordes vocales et les jambes en sortent intactes. Merde. Tu subis donc une rhinoplastie pour te faire refaire le nez. Pas con pour un égyptien, t’aurais du donner l’adresse du chirurgien au Sphinx !

Mais Claude, comment fais-tu pour avoir un brushing plus beau que le notre ?!
En 1972, tu reprends le journal Podium qui devient très vite la première publication pour les moins de 10 ans, avec en prime tous les conseils pour avoir la même frange que toi et un bout de ton pantalon, à franges, lui aussi. 1973, année noire : un fan t’agresse lors d’un concert avec de l’eau bénite en t’accusant d’être le fils consensuel de Michel Drucker et Patrick Sabatier. En 1975, une bombe explose à ton hôtel Hilton de Londres. Tu n’as la vie sauve que grâce à la mort d’une femme juste devant toi. Tu aurais pu chanter la bombe humaine après tout ça ! La légende raconte qu’après l’explosion, tu avais le visage en sang. Quand tu t’es rendu compte qu’il n’était pas de toi, tu t’es mis à chanter un “Je te mangerais cru si on n’me retient pas” peu opportun tout en disant de garder cette phrase sous le coude, sait-on jamais ?
En 1977, tu te fais courser par un gang de voyous à qui tu as fait une queue de poisson. La postérité gardera la course-poursuite héroïque et la balle dans le bras en occultant le plus important. Tu étais un conducteur horrible.
Faisons avance rapide sur tes gesticulations et arrêtons-nous le 11 Mars 1978. S’il y a des fans dans le coin, ils auront reconnu la date de ce jour sinistre et sombre. Personnellement, je tiens à te remercier. La mort d’un homme est toujours triste, je ne me réjouis pas de ça. Mais la Une de Libération le lendemain est si drôle que j’en ris encore. Les couilles sur la table, la rédaction crache à la gueule de la France “Claude François : a volté” en raison des élections de la veille. Et rien que pour ça et les chorégraphies ridicules, je te remercie de tout mon cœur d’avoir existé.
Par contre et ce sera le mot de la fin, qu’est-ce que tu avais bu quand tu as appelé ton fils Claude junior ? Déjà que Claude, c’est pas évident…
La mythologie grecque – Zeus
Jeudi 3 septembre 2009
Salut, ô grand Zeus ! Tu nais du Titan Chronos et de la titanide Rhéa, qui est la soeur de son mari, soulignons-le. Ton cher papa, tout maltraité qu’il fut par son père, décide de suivre à peu près la même voie. En effet, une prophétie lui a fait savoir qu’un de ses enfants lui prendrait sa place de roi. C’est pourquoi il les mange. Je salue l’originalité de la démarche à une époque où on les aurait bêtement cachés dans un frigo. A l’occasion de ta naissance, on assiste aussi à l’une des premières fourberies de l’histoire. Gaïa, ta grand-mère, donna la marche à suivre à ta mère. Elle mit donc une grosse pierre dans un lange et le servit au souper à Chronos entre les endives et le rôti.

Tu crois qu'il t'en faut plus du papier toilette ?
Tu es alors emmené en Crête où tu es élevé par les nymphes du mont Ida dans une grotte secrête. Tu n’arriveras pas à nous faire croire que grandir avec des nymphes est compliqué (petit clin d’oeil complice). Tu pousses, pousses, pousses jusqu’à devenir un bon grand gaillard. La légende raconte que les nymphes se sont retirées au couvent après ton passage. Elles ont boités pendant tout le reste de leur vie, les pauvres. Arrivant à l’âge adulte, tu te décides à taper un grand coup. Tu séduis une titanide du nom de Métis afin qu’elle fasse boire à Chronos une boisson, je cite “émétique”. Moi non plus, je ne sais pas ce que cela signifie. Cela doit être une boisson spéciale pour faire vomir des enfants. Car c’est ce qu’il se produit. Chronos vomit tous ses enfants en parfait état. Tu retrouves alors tous tes frères et soeurs. Hestia, ton aînée, qui restera vierge, Déméter et Héra qui seront tes épouses successives ; et tes deux frères aînés formant avec toi une sorte de « Trinité » : Poséidon et Hadès qui se partageront, après toi qui a pris le Ciel, le reste du monde : le premier, la Mer, le second, la Terre. Et bah mon cochon. Rien que ça.
C’est l’heure de la grande guerre car ton cher père n’accepte pas de s’être fait berner ainsi. Tu réunis tel l’un des meilleurs hommes politique, toute une armée de créatures diverses et variées. Et tu atterris en Olympe ! La consécration pour quelqu’un de si jeune. Sauf que comme le sait très bien la vox populi, ce qui donne le plus de mal sur un trône, ce ne sont pas les fesses mais bel et bien la conservation du pouvoir. Et c’est ainsi qu’arrivèrent ces aventures dignes d’un des meilleurs feuilletons télé.

C'est sympa d'être consanguin mais visuellement, c'est vite chiant...
La Gigantomachie ! (faut imaginer l’apparition du titre comme dans les films, ça fait mieux)
Les faits : Gaïa était très très colère après Zeus. Le salaud avait confiné les Titans au Tartare. Elle décida de passer à l’attaque avec les Géants, immortels face aux Dieux. Ah ah, tu es bien baisé, s’est-elle surement dit. Sauf que tu avais plus d’un tour dans ta boîte à éclairs et tu décidas d’engendrer Héraclès, un héros invincible. D’aucun te traiteront surement de tricheur mais qui pourra te reprocher d’user du “god mode” ? Terme que l’aimable communauté auto-appelée geek (les vrais, pas ceux qui s’habillent branché) connait bien puisqu’il s’agit d’être invincible dans les jeux vidéos. Bref, Héraclès butte tous les gens de ses flêches implacables et ton poulain sort grand vainqueur de cette bataille. Comble de la gloire, il aura même droit à un dessin animé Disney. Alors à côté, Homère l’aveugle et ses récits épiques peuvent aller se remettre la toge.
Vient ensuite l’affaire Prométhée, comme le dirait la une du Figaro de nos jours. Il est un Titan, né de Japet et de Thémis. Petite anecdote historique : la race Titanesque possédant de grands pieds, il était quasiment impossible de les chausser. La mère de Prométhée consacra du temps à sa gente et finit par sortir un modèle de chaussures qu’elle appela modestement : les Thémis. L’étymologie a légèrement déformé le nom mais il est toujours usité aujourd’hui.

Dépêche toi de finir la peinture, je ne vais plus pouvoir contracter longtemps !
Prométhée décida un jour qu’il s’ennuyait et qu’il jouait avec de la boue, de créer les hommes. Brrr, toi ça ne te plaisait pas ! “Qu’est ce que c’est que ces créatures grotesques et laides ?” demandas-tu à ton serviteur. Celui-ci te répondit un peu penaud qu’il les avaient fait à ton image… C’est alors que tu entres dans une colère noire, jets d’éclairs, tonerre de Zeus tout ça tout ça. Tu confisques le feu et tu inaugures l’avènement du “travailler dur” à ces créatures ignobles. Sans vouloir m’attirer tes foudres, tu étais limite tyranique comme mec non ? Et bien, disons qu’attacher un opposant au mont Caucase en jurant (et tu sais que les jurons des Dieux valent évangiles) qu’il resterait enchainé à la pierre toute sa vie durant, ça a un petit gout de Staline quand même.
Mais, puisqu’il y a un mais comme dans toutes les bonnes séries, tu vas être trahi. Héraclès, lui-même, ton arme secrête, va aller délivrer Prométhée en lui confectionnant une bague issue de ses chaines acollée à un morceau de pierre du Caucase. Ingénieux non ?

Pourquoi j'ai pas écouté quand on m'a dit que c'était électrifié ? Maintenant, j'peux plus bouger et ça me gratte le divin postérieur...
Vint ensuite ton fameux combat contre Typhon, ce monstre immortel aux cents têtes de dragons. Ce fut un peu ton boss de fin de partie. Et pendant que tu lui assénais des coups de foudre pour le repousser dans le désert du Tartare, la légende raconte qu’elle t’entendit chanter : “Un typhon phon phon les petites marées grecques” de ta voix voluptueuse et grave.
Entre deux, ton statut de Dieu vivant t’a accordé les faveurs de ces dames et c’est ainsi que nous avons pu dénombrer une cinquantaine de conquêtes, ce qui est certainement un chiffre bas. Le point important et l’ultime reconnaissance, c’est que notre civilisation a gardé l’image d’un Dieu grand, barbu et juste. Ne pavoise pas trop, même Chirac on l’aime bien maintenant…
Accordons au mot de la fin, une valeur toute proverbiale, si ça ne t’ennuie pas.
“Même Zeus ne peut faire que ce qui a été n’ait pas été en plein été.” Ca devrait occuper ton infini régence…
La Mythologie Grecque. 1
Jeudi 2 juillet 2009
Ah, la mythologie grecque ! Tout un programme… Franchement, je trouve que tu as abusé. Bon d’accord, tes concepteurs, les grecs étaient un peu tordus. Inventeurs de la démocratie et pédérastes, ils avaient besoin de belles histoires à raconter au coin du feu de bois de l’agora. Pendant qu’on est nourri à Boucle d’Or, Blanche-Neige et autres contes niaiseux, tu apparais comme une sorte d’anti-conte de fées, un truc un peu punk. Et tu sais pourquoi je te respecte ? Parce qu’on t’enseigne à l’école malgré tout tes travers. Ne prends pas cet air étonné et commençons par le commencement.

Playmobilos, en avant les histoirus.
Au commencement, je disais donc, il y eut le Chaos. Avant lui personne. Bon, je ne veux pas te vexer mais déjà, dès le départ, ça ne tient pas tellement debout ton affaire. Parce que le Chaos eut quand même six gosses. Tout seul comme ça, comme un grand. Un jour sous la nuit étoilée et à l’ombre d’une colonne, il s’est dit, tout en se grattant le derrière, que ce serait agréable de n’être point seul surtout pour que quelqu’un vienne les lui gratter ses fesses, on est en Grèce, ne l’oublions pas ! Ainsi naissent Eros, Héméra, Nyx, Erèbe, Gaïa et Tartare. Déjà, tu diras de ma part à Chaos qu’on n’a pas idée d’appeler des gosses comme ça mais bon, passons… Te voilà forte de 7 membres. Tu mènes ta petite vie et au bout d’un moment, quelqu’un se lève et dit : « on s’emmerde un peu ici » et c’est ainsi que naquit l’inceste. Erèbe (les ténèbres) engendra avec Nyx (la nuit) plusieurs rejetons d’un goût assez macabre. Faut croire que tu nous a pondu là le premier couple de gothique parce que leurs enfants s’appellent Thanatos (la mort), Hypnos (le sommeil), Ether (la lumière des astres).

Le début du premier porno de l'histoire. N'est ce pas touchant ?
Tartare et Gaïa n’engendrèrent pas un steak mais bel et bien Echidna et Typhon. Mention spéciale à la plus tordue, on n’a pas idée quand même d’apprendre ça à des gosses. Gaïa engendra toute seule comme Papa, Ouranos, Ouréa, Pontos, les nymphes et la mer inféconde. Bon déjà, le truc de faire un bébé toute seule, on aurait du laisser à JJG. Ensuite, l’idée bien sordide c’est que ta Gaïa s’est tapé ses gamins. Et vas-y que j’te fais douze titans et trois cyclopes avec Ouranos, que j’te fais cinq gosses avec Pontos. Non mais ! C’est comme si tu te créais des sex-friends. C’est de la triche ! Il faut ramer un peu avant de pouvoir hum hum ! Salope, va ! Ensuite, forcément j’ai envie de dire, quand on bosse en famille, il y a des emmerdes. Ouranos, papa de douxe magnifiques titans, de trois cyclopes et de trois hécatonchires fait la gueule. « Ils sont moches ces gamins, tu les as sorti par le trou du cul ou quoi ? » dit-il d’un ton soyeux à sa femme, mère ?

Tu vois, quand on disait qu'on allait te couper les couilles si on n'avait pas nos chocapics... On rigolait pas !!
Merde, je ne sais plus. Gentiment, ils les envoient en colonie à durée indéterminée dans le Tartare. Maman, n’appréciant pas trop que l’on mette ses gamins au placard Tartare déboule bien tôt. Alors tandis que tous tiennent Ouranos, c’est Chronos qui lui coupe les couilles. Véridique. Avec une serpe, c’est écrit même. Et alors qu’il sectionne les testicules, le temps s’arrête, des gouttes de spermes s’envolent lentement et viennent s’écraser sur Gaïa qui n’avait pas prévu de mouchoir et qui donc, se retrouve enceinte. Franchement, on a là un père qui abandonne ses gamins comme de vulgaires chiens en plein été, des gosses en plein dans la délinquance qui se battent à l’aide d’objets dangereux pour finalement torturer un père de famille. C’est limite ton histoire là… Et ce n’est que la première partie.
Anne de Bretagne.
Lundi 22 juin 2009
Anne, ma sœur Anne, n’avais tu rien vu venir ? Pourtant, il suffisait d’ouvrir les yeux pour voir que ça te pendait au nez. Un destin d’exception, des intrigues royalo-territoriales et des mecs à foisons. Tu mérites plus que quiconque d’être chanté, ovationné ou même portraitisé. Tu nais le 25 Janvier 1477 à Nantes de François II de Bretagne et de sa seconde épouse Marguerite de Foix. Rien que cette histoire devrait régler le conflit au sujet de l’appartenance ou non de Nantes à la Bretagne. Une femme qui s’appelle Anne de Bretagne naît à Nantes donc Nantes est bretonne. Tu me diras, c’est pas parce qu’Henri Salvador est né en Guyane qu’il est citoyen du Salvador pour autant… BREF ! Tu m’embrouilles et j’ai comme l’impression que c’est l’histoire de ta vie.

Ca commence à me gonfler toutes ces séances d'autographes.
Tu es le seul enfant de tes parents et donc, tu es l’héritière. Enfin, tu es une femme et c’est ton père qui te déclare solennellement en tant que tel afin d’éviter de replonger la noble Bretagne dans une nouvelle crise politique. Tu es élevée par Françoise de Dinan, ta gouvernante et ton maître d’hôtel, le poète Jean Meschinot qui t’enseigne la musique, la poésie, la danse et le chant. A l’époque, les gens étaient très machistes et les femmes dans ton genre étaient très mal vues, ce qui n’est plus le cas de nos jours, bien évidemment. Ce qui explique que ton père veut absolument te trouver un mari pour ta propre sécurité : c’était les gardes du corps ancienne génération. Il cherche un candidat anti-français et assez puissant pour l’assumer.
Son choix se reporte sur Maximilien 1er et c’est de son caveau qu’il voit sa fille se marier à l’âge de 13 ans, le 19 Décembre 1490 à Rennes. Maximilien est roi des romains ce qui fait donc, par déduction, que tu es la reine des Romaines. La classe pour une bretonne. Cependant, cette union provoque l’ire du roi de France, ce bon vieux Charles VIII qui décide séance tenante d’aller faire un sit-in devant Rennes pour protester. Ma chère Anne, tu te rends donc et te voilà forcer d’épouser le vieux ronchon, le 6 Décembre 1491. Tu as 14 ans. Toi, tu t’en fous, tu es morte maintenant mais imagine si on transposait ton histoire à notre vie moderne. On dirait que tu te maries pour l’argent et que ce n’est pas de leur faute aux rois, c’est toi qui les aguichait. Salope.

Pour la partouze, faites la queue.
Au comble de l’hypocrisie, le roi envoie au pape une requête d’annulation de ton premier mariage. Montrant sa totale indépendance, le pape accepte pour d’obscures raisons (trop jeune ? Mariage surconsommé ? Port de béret au lit ?) Tu te souviens du nom du grand encapoté ? Innocent VIII. Ce qui veut dire qu’il y en a eu 7 avant, ça a du faire pas mal de pureté éclaboussé sur les robes blanches.
En tout cas, tu mènes ton bonhomme de chemin et tu te retrouves à 14 ans seulement, reine de France. Un historien a retrouvé la trace d’un message ancestral que tu « aurais » (le conditionnel est toujours de mise pour les cas éloignés dans le temps) envoyé à une camarade de couvent : « C tro l’kif ici, g d toualete priV. XD Lol »

Elles faisaient moins rêver à l'époque, les Pussycat Dolls.
Depuis 1491 et tes 14 ans, tu es Reine de France. Sauf que si l’on fait confiance à des vieillards décrépis, ce n’est pas le cas des jeunes pousses. Tu es donc secondée par ta belle-sœur qui, bien qu’elle s’appelle Anne de Beaujeu n’est pas très fair-play et fait mener des enquêtes sur ta fiabilité au trône de France et à ton attachement à la Bretagne. Tu es, de plus, interdite du titre de duchesse de Bretagne. Bref, tu n’es pas si mécontente que ton vieux mari passe l’arme à gauche.
En douce, alors que le corps est encore chaud, tu en profites pour récupérer la tête de la Bretagne et convoquer les Etats Généraux de Bretagne. Et quand Louis XII vient récupérer ton pucelage tout relatif, il s’abaisse à toutes tes conditions car il n’a plus une jeune fille en face de lui mais bien une femme qui porte une région sur ses épaules crânement. Tu es donc reconnue duchesse de Bretagne, ton mari étant le Duc mais amputé de tout pouvoir. Le reste n’est qu’une partie de plaisir combinée d’une popularité croissante. Tu t’offres un tour de Bretagne (sans te doper) comme n’importe quel président africain de nos jours le ferait à Paris. Tu es reçu royalement et chacune de tes visites crée l’événement. La Bretagne sait se montrer reconnaissante de sa plus grande ambassadrice, celle qui exigera dans son contrat de mariage que les impôts et les péages n’existent pas ou peu en Bretagne. Tu auras 12 enfants dont seulement 2 auront vécu. 2 filles pour ce qui apparaît comme une malédiction, il n’y a toujours pas d’héritier pour le trône de Bretagne. Claude et Renée de France sont sœurs mais c’est Claude qui tirera le gros lot puisque elle sera reine aussi, mariée à François Ier. Une bien belle dynastie…

"C'est bon, je connais la procédure" dit-elle sur un ton blasé.
Pour finir et pour l’anecdote, tu as possédé un chat que tu avais délicatement appelé « Poron », il fut d’une longévité exceptionnelle puisqu’il vécut quasiment toute ta vie. A sa mort, celui que la Bretagne avait pris en affection pour son beau pelage mordoré reçut un bien bel hommage. Partout où tu passais, les bretons avaient tous un chat « Poron ». L’histoire est con, parfois.
Alan Mathinson Turing.
Mardi 28 avril 2009
Bonjour Alan Mathinson Turing, je dois d’abord t’avouer qu’il y a quelques jours, j’ignorais tout de toi. C’est avec surprise que j’appris ta destinée et c’est ainsi que je souhaite la partager. Bien sur, je m’étonne de la propension des anglais à avoir tout un tas de prénoms à coucher debout dehors sous un crachin breton mais je serais assez gentleman pour ne pas t’en faire part.
Tu nais le 23 Juin 1912 à Paddington après avoir été conçu en Inde de parents anglais mais ta mère refusait que son fils naisse dans un pays de mangeur de marrons. Ton père est officier et s’appelle Julius Mathinson Turing tandis que ta chère mère est Ethel Sarah Stoney, de son nom de jeune fille. En bon parents, ils décident d’aller vivre aux Indes, abandonnant ton corps et ton âme à de vieux amis. Ils reviendront à tes 14 ans, en 1926.
Très tôt, tu apprends à lire tout seul, en à peine un mois. A six ans, tu es inscrit à l’école St Michael’s où tous tes professeurs sont éberlués par ton talent précoce. Ta scolarité se passe sans grands ombrages et à tes 14 ans, tu intègres Sherborne School. Pour savoir à quel point tu aimais l’école, il suffit de retrouver cette anecdote qui indique que ton premier jour d’école coïncidait avec la grande grève générale au Royaume-Uni et que outrepassant le manque de bus et de transports, tu es simplement allé à l’école à vélo. Tous les collégiens et lycéens de France se moquent déjà de ta bétise. C’est sans connaître le nombre de kilomètres qui séparait ton toit de l’école : 97 kms. Là, ils t’appellent inconscient ! Toi, tu t’en fous et tu continues ton bonhomme de chemin.

- Arrêtez de me poser cette question, non, je ne fais pas partie de la famille de François Fillon ! Et oui, je devrais m’épiler les sourcils…
Encore quelque chose qui étonnera pas mal les jeunes têtes blondes mais son inclination pour les maths et les sciences lui valait d’être raillé par ses professeurs qui, à l’époque, privilégiait l’apprentissage de ce qu’ils appelaient alors les « classiques » : histoire, art, philosophie, littérature. Et j’aurais tendance à penser que ce sont les seuls enseignements utiles qu’un enfant puisse recevoir. Que faire du théorème de Pythagore ? Quelqu’un s’en est-il déjà servi pour jouer du triangle ? Non, c’est bien la preuve que j’ai raison. Revenons à notre brebis galeuse. Ton désintérêt pour toute autre forme d’enseignement que le scientifique suscita l’inquiétude bienveillante du proviseur qui mit en garde ses parents sur l’école à choisir. C’est ainsi que tu te retrouves en pleine adolescence, au lieu de t’émerveiller de ce qu’il y a sous les jupes des filles, à triturer les boutons, non pas de ton visage, mais de ta calculette et à résoudre des problèmes bien trop compliqués pour toi. Tu auras même le culot de rencontrer le boulot d’Albert Einstein, de ne pas t’agenouiller devant ses études sur la loi de Newton et en plus, de rajouter des points qui te semblaient manquer. Insolent, va !
Cependant, tu manques beaucoup trop d’enthousiasme dans les matières normales et tu rates le concours d’entrée de l’établissement que tu avais d’abord choisi. Ton second choix t’est finalement accordé et tu te retrouves à l’université de Cambridge, la bien nommée King’s School. 4 ans après ton entrée, tu es élu « étudiant-chercheur » et tu ne fais même pas la grève. C’est à ce poste que tu inventeras la machine de Turing et que tu expliqueras que c’est une machine capable de faire tous les calculs du monde, le tout en d’autres termes beaucoup trop alambiqués pour moi. J’en ai retenu ce qu’il y avait à retenir, tu as posé les bases de l’ordinateur.

- Et hop, personne n’a vu ce petit moteur que je me suis construit dans les genoux… C’est si bon d’être un génie !
Puis survient la belle, la grande, la majestueuse seconde guerre mondiale, à qui j’ai retiré les majuscules, ça fait trop propre. Tu travailles en tant que bon patriote mangeur d’huile de foie de morue et de pudding, à la section décryptage des codes allemands. Tu t’affaires à hacker la machine Enigma, comme quoi c’est un métier qui date. Le premier décrypteur de codes connu reste Champollion avec sa description des hiéroglyphes. Pardonne moi, Alan, mais je n’ose pas imaginer ce qu’il serait advenu de vous si on vous avait mis Internet et les ordinateurs d’aujourd’hui entre les mains. De vraies loques humaines, j’en ai bien peur.
Après la guerre et l’issue qu’on lui connaît, tu es muté au laboratoire de physique de Teddington. Tu travailles toujours en des termes très compliqués mais en gros, tu pousses un peu les murs de la théorie et tu t’attelles à la pratique en construisant un calculateur automatique.
C’est donc maintenant que l’on arrive au passage très intéressant de ta vie. Auparavant, replantons le drapeau des années 1950 et avec lui tout son contexte : l’Angleterre est alors, comme beaucoup d’autres pays du monde, hautement religieuse et très conservatrice. Si l’on s’accommode (après coup, évidemment !) de l’exubérance d’un Oscar Wilde ainsi que de ses tendances, un mathématicien de renom avec toute la raideur de la profession ne peut se permettre d’être pédéraste. C’est ainsi qu’en l’an de grâce 1952, Arnold Murray, l’une de tes dernières conquêtes, s’introduit chez toi avec un complice et te cambriole. Désappointé, tu portes plainte et au terme de l’enquête, il est décidé que… Tu étais coupable d’outrage aux mœurs, de sodomie et de port de béret immonde. On te laissa alors le choix : la prison ou la castration médicamenteuse. Tu choisis la dernière solution qui se présente sous la forme d’un traitement hormonal d’une durée d’un an qui aura pour effet de réduire ta libido et de te faire pousser des seins. J’espère que tu en as glissé une pilule ou deux à Vincent Mc Doom… Et alors qu’en 1951, tu étais un sage écouté dans toute l’Angleterre, l’année qui suit t’est délicate. Plus personne ne veut de toi, même pour nettoyer les locaux. A force de retourner leurs vestes et donc de les user, les hommes vont encore faire pendant très longtemps les beaux jours des fabricants.

- C’est sympa de t’avoir assis pour l’éternité, t’as eu assez mal aux fesses comme ça pendant ta vie.
Vient ensuite une assez longue traversée du désert qui durera en tout, deux ans. Elle prend fin le 8 Juin 1954, date à laquelle tu te donnes la mort en croquant dans une pomme empoisonnée au cyanure, en référence à Blanche-Neige qui était ton conte de fées préféré. La légende, la belle, la grande, voudrait que le logo Apple soit une référence et un hommage à toi et tous tes travaux. En effet, le logo est une pomme croquée. La vie n’a pas été totalement injuste car dans la mort, tu es resté célèbre, le prix Nobel d’informatique porte le nom de « prix Turing ». Tu dois maudire en cachette tous ceux qui sont persuadés que Bill Gates a inventé l’ordinateur. Tu me permettras un avis personnel, sur les voitures comme sur les ordinateurs, le Turing, c’est pas ma tasse de thé.
Boris Vian – Second Acte
Samedi 4 avril 2009
Me revoilà, Boris. “Re” comme disent les jeunes, tu les connais, ça raccourcit un mot, ça se croit “opé’”. Nous nous étions quitté au mois de Juillet 1946 et tu nous réservais une surprise. Ton esprit frondeur et provocateur s’amuse d’une idée qui lui est venu un soir de cet été, tu veux écrire un roman érotico-poil à gratter en y mélangeant les thèmes qui te dérange. Tu es sacrément blasé par la pudibonderie et le racisme à la française et tout cela se reflète dans “J’irais cracher sur vos tombes”. L’air de rien, tu le proposes à un de tes amis qui vient de monter une maison d’édition et pour faire croire que c’est une traduction, tu le signes du nom de Vernon Sullivan, en hommage à Paul Vernon et Joe Sullivan, deux grands musiciens. Notez-bien et toi aussi, Boris, ça peut te servir là où tu es, que les Pink Floyd ont usé du même stratagème pour le nom de leur groupe. Si tu veux te faire mousser, tu peux dire que c’est grâce à toi, je ne t’en tiendrais pas rigueur.
Ce chef-d’œuvre est donc ton premier roman édité. On a connu départ moins glorieux… Cependant, comme toute bonne légende qui se respecte et qui ne se chie pas dessus avant l’arrivée dans les bras de la reconnaissance populaire, le bouquin fait un four. Tu commences à monter au front pour défendre Vernon Sullivan et les suspicions commencent à fondre sur toi, tel un bouclier fiscal sur Johnny Halliday. Deux mois après la sortie du livre, plus personne ne doute que tu en es l’auteur. Chapeau la couverture, heureusement que tu n’étais pas flic… Un évènement inattendu va lancer ta carrière. Un certain Daniel Parker t’assigne en justice pour atteinte aux bonnes mœurs. Et forcément, par esprit de contradiction, l’esprit humain étant ce qu’il est, quand on lui interdit quelque chose, il se rue dessus. (Note à moi-même : et si on interdisait l’intelligence?) Penaud devant le tribunal, tu te défends en disant que ce n’est vraiment pas toi l’auteur et, pardonne-moi l’expression, tu baisses ta culotte façon Galillée en l’an de grâce 1633. Tu vas même, pour prouver ta bonne foi, jusqu’à traduire le roman en anglais. Cependant, le livre est retrouvé sur le corps d’une femme assassinée et les critiques hurlent sur l’influence néfaste de tes écrits. Tu es un “assassin par procuration” et l’on peut bien voir que cette histoire est vieille comme le monde. Combien de débats comme celui-ci foisonnent dans notre beau pays encore aujourd’hui? L’histoire se répète, personne ne prend des notes et tout le monde en pâtit. Toute une belle polémique qui tache ta chemise et tes bas pour finir par une relaxe en Août 1947. On aurait légitimement pu penser qu’en cette période, la France avait mieux à foutre mais faut croire que non…

- Dans vos gueules, j’y arrivais pas. Là au moins, vous bougez plus !
Parlons fréquentations. Tu traines au Tabou Club depuis Avril 1947 où grâce à tes relations vont jouer Miles Davis et Sidney Bechet pendant que prennent table Jean-Paul Sartre, Albert Camus et autres célébrités artistiques. A la même période, l’une de tes autres œuvres restées célèbres est enfin publié : “L’écume des jours” ne rencontre pas le succès et pense plus que sérieusement à s’inscrire sur meetic. A l’automne 1947, c’est l’événement. Tu es invité à animer l’émission “Les Temps Modernes” que tu renommes en “Radio-Massacre”. Après moults propos dérangeants, tu es délogé par la police alors que l’orchestre Abadie animent le fond sonore. Le 7 Janvier 1948, ton cher ami “Le Major revenu des Indes” sort, comme à son habitude, par la fenêtre de son invité, oubliant, ô misère de l’urbanisation, qu’il était au 7ème d’étage d’un immeuble.
Fin de la même année, tu admets enfin devant le juge d’instruction être l’auteur de “J’irais cracher sur vos tombes”. C’est Haro sur Vian, tu es inculpé d’outrages aux moeurs, le livre est interdit et le fisc te tombe dessus. Tu n’as pas payé d’impôts sur tes recettes puisque ce n’était (clin d’oeil appuyé) pas toi l’auteur. Fin 1949, tu écris une chanson pour Henri Salvador et c’est le début d’une grande amitié que l’on pouvait revoir surgir par instant dans les éclats de rires tonitruants de l’homme aux taches. Le 6 Janvier 1950, la Sacem enregistre ta demande de référencement en tant que auteur-compositeur. Peu de temps après, en avance sur ton temps mais pas non plus pionnier, tu commences à t’intéresser de très près à la science-fiction et tu fondes avec Queneau et consorts, le groupe des Savanturiers. Coïncidence ou facétie du destin ? C’est peu de temps après que tu sombres dans tes années noires, tu es sur la voie du divorce avec Michelle et même si tu fricotes avec Ursula Kleber, cette séparation ne te remplit pas d’aise non plus… C’est donc dans ces eaux-là que tu rédiges ton recueil de poème que tu nommes, pour repartir du bon pied sur les verts chemins de la joie et la gaieté, “Je voudrais pas crever”. Tu sors doucement de ta dépression et tu trouves un appartement dans la cité Vernon où tu es voisin de Jacques et Janine Prévert. Ce qui est bien avec les voisins célèbres, c’est que l’on peut se plaindre d’eux dans les magasines peoples. Dans le même mois de Janvier 1953, les éditions Vrille publient ton roman “L’arrache-coeur” qui est celui que tu as le plus défendu, bec et ongles. Il a été refusé par Gallimard mais malheureusement ni la critique ni le public ne seront même au courant de la sortie du bouquin. C’est donc un crêve-coeur pour toi et tu ne m’en voudras pas de ce jeu de mot si facile.

- Quand je pense que l’on m’a fait croire que le bac était le plus important diplôme de ma vie…
L’année 1954 est ton année de grâce comme ils disent dans la Bible et dans les pages jaunes. On te propose une adaptation de “L’écume des jours” au cinéma et lassé par le genre humain, fait de massacres, de guerres, de chiens sur les routes et de pipi au lit, tu écris “Le Déserteur”. Grand moment de l’histoire que l’on n’apprend pas à l’école, trop occupé par les ruines grecques et les oliviers latins, cette chanson a un destin atypique. Elle passe légèrement inaperçu jusqu’au jour où, en se rasant la barbe un lendemain de diner mondain, Monsieur Paul Faber manque de se couper en dessous de l’oreille droite ! Mais qu’est ce que c’est que cette chanson qui prône la paix ? Virez-moi ça des ondes ! La censure sociale fait son boulot et tu écris une lettre mémorable à ce monsieur :
“Non, Monsieur Faber, ne cherchez pas l’insulte où elle n’est pas et si vous la trouvez, sachez que c’est vous qui l’y aurez mise. je dis clairement ce que je veux dire ; et jamais je n’ai eu le désir d’insulter les anciens combattants des deux guerres, les résistants, parmi lesquels je compte bien des amis, et les morts de la guerre – parmi lesquels j’en comptais bien d’autres. Lorsque j’insulte (et cela ne m’arrive guère) je le fais franchement, croyez-moi. Jamais je n’insulterai des hommes comme moi, des civils, que l’on a revêtus d’un uniforme pour pouvoir les tuer comme de simples objets, en leur bourrant le crâe de mots d’ordre vides et de prétextes fallacieux. Se battre sans savoir pourquoi l’on se bat est le fait d’un imbécile et non celui d’un héros ; le héros c’est celui qui accepte la mort lorsqu´il sait qu’elle sera utile aux valeurs qu’il défend. Le déserteur de ma chanson n´est qu´un homme qui ne sait pas ; et qui le lui explique ? Je ne sais de quelle guerre vous êtes ancien combattant – mais si vous avez fait la première, reconnaissez que vous étiez plus doué pour la guerre que pour la paix ; ceux qui, comme moi, ont eu 20 ans en 1940 ont reçu un drôle de cadeau d’anniversaire. Je ne pose pas pour les braves ; ajourné à la suite d´une maladie de coeur, je ne me suis pas battu, je n’ai pas été déporté, je n’ai pas collaboré – je suis resté, quatre ans durant, un imbécile sous-alimenté parmi tant d´autres – un qui ne comprenait pas parce que pour comprendre il faut qu’on vous explique. J’ai trente-quatre ans aujourd’hui, et je vous le dis : s’il s’agit de défendre ceux que j’aime, je veux bien me battre tout de suite. S’il s’agit de tomber au hasard d´un combat ignoble sous la gelée de napalm, pion obscur dans une mêlée guidée par des intérêts politiques, je refuse et je prends le maquis. Je ferai ma guerre à moi. le pays entier s’est élevé contre la guerre d’Indochine lorsqu’il a fini par savoir ce qu’il en était, et les jeunes qui se sont fait tuer là-bas parce qu’ils croyaient servir à quelque chose – on le leur avait dit – je ne les insulte pas, je les pleure ; parmi eux se trouvaient, qui sait, de grands peintres – de grands musiciens ; et à coup sûr, d’honnêtes gens. Lorsque l’on voit une guerre prendre fin en un mois par la volonté d´un homme qui ne se paie pas, sur ce chapitre, de mots fumeux et glorieux, on est forcé de croire, si l’on ne l’avait pas compris, que celle-là au moins n’était pas inévitable.”
Et paf, dans tes dents !