Claude François.

Posted on jeudi 10 septembre 2009

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Salut Cloclo ! Comment ça va au panthéon des ringards ? Mais commençons par le commencement, ensuite viendront les questions. Tu es né le 1er Février 1939 en pleine année électrique pour la France et son avenir. Mais tu t’en fous, tu vis en Égypte. Alors pourquoi n’as tu pas tenté de servir la soupe avec la semoule et les boulettes aux égyptiens, aux côtés de la divine Oum Kalsoum ? Et bien, c’est encore un coup des marasmes de l’histoire.

Ton enfance s’écoule doucement tel le Nil au mois de Juin et sous le soleil des pyramides, tu laisses pousser ta frange blonde d’enfant modèle tout en te demandant si le Sphinx avait toujours eu le nez comme ça. Et un beau jour alors que tu te baignes le cul blanc dans ton canal préféré survient la terrible nouvelle. Le canal de Suez est nationalisé par les Égyptiens le 26 Juillet 1956, tu as alors 17 ans. Français (ton père l’est) et Britanniques sont expulsés sur-le-désert

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Pose équivoque, eye-liner, pull marin. C'était pas le fils de Tétu et du journal de Mickey ton journal ?

Tu fais ton propre débarquement à Marseille mais pas pour libérer la France de l’envahisseur à moustache. Ta petite famille s’installe à Monaco puis à Nice, le mètre carré étant beaucoup trop cher sur le Rocher. Mais Papa se languit de son Égypte et affiche de sérieux problèmes de santé. Tu prends donc sous ton aile malingre le poids du chef de famille. Entre les petits boulots, tu trouves le temps d’apprendre la batterie, le violon et le piano. Permets-moi de te dire que tu es con, tout ça pour ne jamais rien composer par toi-même, fallait pas te donner autant de mal. Ton charisme et ta beauté d’Appolon huilé te font connaître dans le milieu branché (putain mais qu’il est drôle, notez bien la présence du champ lexical de l’électricité). Bref, en boîte, tu rencontres Brigitte Bardot et Sacha Distel qui te conseillent de tenter ta chance à Paris la belle.

Le petit Claude pointe le bout de son filament, sans un rond dans la banane. Et tu enregistres ton tout premier disque, le « Naboul Twist » qui fait un four. Court-circuit dans la machine sous le pseudo de Koko. J’ai presque envie de succomber au péché et de lâcher un sobre « lol ». Ton père, en entendant l’horreur sur les toilettes, succombe et tombe la tête la première sur le carrelage en gémissant une dernière phrase : « on aura jamais assez de pq pour cette merde là ». Déjà brouillé depuis peu, tu t’en veux de ne pas t’être réconcilié avant le drame. Tu te lances alors à cerveau perdu dans la musique et malheureusement, on ne l’a toujours pas retrouvé. On t’enverra un chrononuage si on met la main dessus. Bref, tu sors un « Belles, belles, belles » chatoyant à la face de la France qui n’en demandait pas tant et toutes les midinettes se trémoussent sur la rime baudelairienne « belle, belle, belle comme le jour. Belle, belle, belle, comme l’amour ». C’est beau. Mais c’est une reprise des Everly Brothers. Ta première mais pas ta dernière…

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Appel au public : laissez-le tomber, ne le rattrapez pas ! Ceci est un ordre.

Tu vas vite te transformer en un fabuleux traducteur anglais poignant/français mielleux. Le « From me to you » de Lennon/Mc Cartney se transforme en un « Des bises de moi pour toi » des plus dégoulinants. En 1964, tu es déjà une belle grande starlette puisque tu fais l’Olympia. Pavoise pas non plus, Alizée aussi l’a fait… Si on ne peut pas te retirer quelque chose, c’est ton sens des affaires. Et comprendre en 1966 que pour faire de l’audience, il fallait faire danser des jeunes bombes à moitié-nues dans ton dos était assez avant-gardiste. Ainsi naquirent les Claudettes. L’année suivante, Jacques Revaux et Gilles Thibault te servent sur un plateau « Comme d’habitude ». Succès énorme repris par Paul Anka qui le transforme en My Way, chanson totalement différente. C’est elle qui sera reprise mondialement. Après t’être fait piquer ta femme par Gilbert Bécaud, tu fais un gamin à une gamine que tu as signé sous ton tout nouveau label : Flèche. Et tu es très loin de te vanter d’en être une. Le 14 Mars 1970, à force d’avoir trop bougé tes jambes dans tous les sens sans ordre logique à la manière des jeunes tecktoniks killers de nos jours, tu nous fais un petit malaise. Ou bien, tu nous fabriques un petit malaise. Car en accord avec ton producteur, tu as monté ce coup pour faire parler de toi.

Si ça ne t’ennuie pas, on va un peu plus s’attarder sur tous les faits divers qui t’entourent parce que tes chansons de merde tout le monde les connait et tu comprends bien qu’on ne peut pas en faire des études de texte. Donc le 17 Mai, tu as un accident de voiture à cause d’un pneu crevé. Tu te fractures le nez et t’éclates les pommettes mais les cordes vocales et les jambes en sortent intactes. Merde. Tu subis donc une rhinoplastie pour te faire refaire le nez. Pas con pour un égyptien, t’aurais du donner l’adresse du chirurgien au Sphinx !

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Mais Claude, comment fais-tu pour avoir un brushing plus beau que le notre ?!

En 1972, tu reprends le journal Podium qui devient très vite la première publication pour les moins de 10 ans, avec en prime tous les conseils pour avoir la même frange que toi et un bout de ton pantalon, à franges, lui aussi. 1973, année noire : un fan t’agresse lors d’un concert avec de l’eau bénite en t’accusant d’être le fils consensuel de Michel Drucker et Patrick Sabatier. En 1975, une bombe explose à ton hôtel Hilton de Londres. Tu n’as la vie sauve que grâce à la mort d’une femme juste devant toi. Tu aurais pu chanter la bombe humaine après tout ça ! La légende raconte qu’après l’explosion, tu avais le visage en sang. Quand tu t’es rendu compte qu’il n’était pas de toi, tu t’es mis à chanter un « Je te mangerais cru si on n’me retient pas » peu opportun tout en disant de garder cette phrase sous le coude, sait-on jamais ?

En 1977, tu te fais courser par un gang de voyous à qui tu as fait une queue de poisson. La postérité gardera la course-poursuite héroïque et la balle dans le bras en occultant le plus important. Tu étais un conducteur horrible.

Faisons avance rapide sur tes gesticulations et arrêtons-nous le 11 Mars 1978. S’il y a des fans dans le coin, ils auront reconnu la date de ce jour sinistre et sombre. Personnellement, je tiens à te remercier. La mort d’un homme est toujours triste, je ne me réjouis pas de ça. Mais la Une de Libération le lendemain est si drôle que j’en ris encore. Les couilles sur la table, la rédaction crache à la gueule de la France « Claude François : a volté » en raison des élections de la veille. Et rien que pour ça et les chorégraphies ridicules, je te remercie de tout mon cœur d’avoir existé.

Par contre et ce sera le mot de la fin, qu’est-ce que tu avais bu quand tu as appelé ton fils Claude junior ? Déjà que Claude, c’est pas évident…

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