Iossif Djougachvili – 1ère Partie.

Posted on jeudi 29 janvier 2009

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Salut Iossif! Ca roule au paradis des dictateurs? Bon, de tous ceux que j’ai pu croiser, c’est toi qui commence le plus tambour militaire battant. Ainsi, jusqu’à ta date de naissance, il y a litige. Tu es né pour de vrai le 18 Décembre 1878, ce qui réfute totalement la théorie comme quoi Victor Hugo évitait d’être contemporain des crapules. Je dis « pour de vrai » (si si, ligne du dessus, suivez un peu) parce que tu as fait modifier ta date de naissance en 21 Décembre 1879. C’est soi-disant pour que celui-ci puisse être commémoré par la nation entière en même temps mais je tiens de source sure que c’était juste pour avoir l’air moins vieux. Alors que tout le monde paie pour de la chirurgie, toi tu changes ta date de naissance. Pas fou, Jojo.

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Le regard froid, la raie de côté. Tu ne te serais pas fait victimer à l’école toi?

Tu nais donc en Géorgie. Ta mère est couturière et ton père cordonnier, c’est dire que, des pieds aux épaules, tu es sapé totalement gratuitement, petit filou. Tu es un garçon au caractère difficile mais celui-ci serait dû à la personnalité envahissante de ton doux papa, Vissarion Djougachvili. Ta maman, Ekaterina Gavrilovna Gueladzé, n’est dans cette histoire que pour confirmer ce que l’on savait déjà : les russes ont des noms compliqués à prononcer juste pour embêter les élèves qui doivent tout apprendre par cœur. Ceci dit, elle travaille dur pour que tu puisses poursuivre tes études et tu finis par les rattraper.

A tes 14 ans, tu entres au séminaire de Tbilissi où tu resteras 6 ans. Tu suis divers cours, dont lectures des textes saints, religion, droit canon et autres joyeusetés. Tu commences à te montrer rebelle qu’en 1899 alors que tu es chopé plusieurs fois en train de lire des livres interdits et même pas pornographiques (Les travailleurs de la mer de Victor notamment,) et tu es finalement renvoyé pour avoir séché totalement l’examen de lectures bibliques. C’est à cette époque que tu découvres Dostoïevski, Fedor de son prénom, le fantastique romancier russe, que tu feras interdire plus tard pour sa mauvaise influence sur la jeunesse… J’apprécie ta reconnaissance.

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Il a raté sa destinée de savant fou.

Tu commences alors à vivre ta vie de clandestin. Tu deviens un vrai loulou, braquages de banques – arrestation – déportation – évasion font partie de ton quotidien. Tu adhères alors au Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie en même temps que tu gagnes le surnom de Koba, qui signifie l’ours. C’est à cette époque que tu rencontre Lénine que tu garderas dans ta mémoire comme un exemple entre tous. Un homme au-dessus des hommes. Cependant, lui ne te rendait pas la pareille. Il oubliait même ton nom devant ses amis et racontait partout que tu jouais trop perso au foot et que tu pétais au lit.

Vint ensuite la révolution de 1917 et la disparition d’Anastasia. Tu prends la direction du parti mais dès le retour de Lénine, tu te ranges rapidement derrière lui comme le bon chienchien à son maimaitre en exécutant les moindres de ses ordres. Et tu rappelleras sèchement à tes collègues leurs errements quand Lénine aura cassé sa faucille et son marteau. Tu crées alors le Politburo, qui était bien sage et bien élevé comme son nom l’indique et qui réunira toutes les futures gloires du PC.

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Moi, Staline et Humanité dans la même phrase, ça me frise les oreilles. Pas vous?

La guerre civile russe débute en 1918, comme quoi on n’a pas tous fait la paix à cette époque ci et tu es nommé commissaire bolchévique à Tsaritsyne. Ville que tu renommeras plus tard du haut de ton humble modestie, « Stalingrad ». Tu te fais remarquer pour ta légendaire méfiance envers tout ce qui n’est pas prolétaire. Il paraît même que tu inspectais tous les matins les moustaches de tes camarades pour qu’elles correspondent à la tienne. Sinon, c’était louche – je cite. Tu te découvres une propension à la tuerie et à l’exécution sommaire ce qui te fera entrer en lutte constante avec Léon Trotski, qui le paiera cher en 1927 avec emprisonnement et exil. En 1920, tu fais échouer la promenade vers Varsovie par un habile coup de traitre et tu diras ensuite « c’est pas moi, c’est lui » pour ta défense.

A l’époque, l’ascenseur social (c’est le cas de le dire) fonctionnait à merveille puisqu’à force de mutisme et de soumission, tu finis secrétaire général du Parti. Tu prends comme première grande décision d’envahir ton pays d’origine, la Géorgie. Ceci provoque une colère impuissante sans nom de Lénine car il était déjà gravement malade.

Pendant ce temps-là, tu apprends l’existence d’un fils né de ta première femme, morte en 1907. Il s’appelle Iakov Djougachvili et tu le couvris de bisous et de belles paroles comme lorsque celui-ci essaya de se suicider alors que tu venais de lui refuser le mariage avec sa chère et tendre. Il prit un flingue, se tira à la tête mais se rata par on-ne-sait quelle magie. Tu aurais alors dit dans ta draperie de vertu : « Il n’arrive même pas à tirer correctement. » Sympa, le daron. Tu te remaries en 1919 avec Nastasia Alliluyeva avec une jeunette de 18 ans alors que tu en as déjà 41… Vieux pervers.

df

Une fleur par mort dans notre famille, vous êtes trop bons, Jojo.

Tu fais ton trou au parti et ta dégaine bonhomme et ton allure commune font de toi le chouchou de tes camarades. Ils te préfèrent à un Trotski trop solitaire et trop brillant. Tu fais donc jouer tes réseaux et à la mort de Lénine, son testament, dans lequel il te désavouait, disparaît comme par enchantement. T’en auras eu de la chance… Pendant 8 ans, tu travailles dans l’ombre à expulser tous les gens qui pourraient t’être désagréables et à placer à des postes importants, tes plus fidèles lieutenants. Ainsi, le 21 Décembre 1929, tes 50 ans sont fêtés en grande chaussure à travers tous le pays et c’est le début du culte de ta personnalité si cher à nos profs d’histoire.

Tu es peu porté vers l’internationale et tu refuses de sortir de l’URSS, ce qui nous apprend que tu as très peu écouté les conseils qui prônent la mondialisation comme seule alternative, petit fripon. Tu ne définis pas ton parti comme communiste parce que ça voudrait dire qu’il faudrait que tu partages avec plein d’autre pays et que bon, faut pas non plus pousser les matriochkas dans la taïga. C’est donc une dictature totalitaire marxiste-léniniste. Tu prônes directement le progrès total car « L’urss doit être une Ferrarri devant les Renault » (c’est mon petit frère qui me souffle les citations, faites pas gaffe). De 1929 à 1933, tu « collectivises » les terres de millions de paysans. J’apprécie ton utilisation de la sémantique pour ne pas dire que tu les expropries. En 1934, après la dernière guerre paysanne de l’histoire de l’Europe, l’objectif est atteint même si tu as frôlé le Game over.

df

Quand Lénine et Staline jouent à Risk, c'est toute l'Europe qui se chie dessus.

La moitié du bétail abattu par les paysans en colère, des terres ravagées, une famine qui fit environ 10 millions de morts et deux millions de déportés dans les goulags. Le tout pour financer l’industrialisation. Ton premier plan quinquennal s’en sort très bien et la production fuse vers des sommets puisque les emprisonnés du goulag sont envoyés aux grands travaux : métro de Moscou, villes nouvelles, énormes usines, canaux, barrages et autres statues du Patron. C’est aussi la naissance du Stakhanovisme et chaque retard répété de 10 minutes est systématiquement accompagné de sa prime de goulag.

Les moeurs ont alors des règles bien établies : interdiction de l’avortement, prison pour les pédés, culte de la bonne famille socialo et toutes sortes de joyeusetés dans ce style pendant que tu redescends l’âge de la peine de mort à 12 ans…

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