Richard Kuklinski.

Posted on mardi 27 janvier 2009

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Bonsoir Monsieur Richard. Je vous gratifie d’un monsieur et d’un vouvoiement peu orthodoxe. C’est dû au respect que je dois à votre humble caveau familial dans lequel vous êtes non moins humblement enfermé. Je dois avouer que la peur de représailles de la part de votre descendance n’est pas non plus étrangère à tous ces signes de respects… Parce que moi et le respect, c’est quelque chose. Tu es donc né, Richou, le 11 Avril 1935, à Jersey City, dans l’état du New-Jersey, nom de ville si caractéristique de l’imagination et de l’originalité à l’américaine. Je veux dire que si dans le département du Cantal, on appelait une ville, Ville du Cantal, on aurait l’air cons. Ah bah oui, d’accord, c’est pour ça…

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T'inquiète pas Richard, on cherche juste ton meilleur profil.

Tes parents Anna et Stanley étaient tous deux immigrés. L’un polonais, l’autre irlandais histoire de bien coller au cliché de l’immigration aux Etats-Unis. Tu as eu 3 frères et sœurs. L’un d’eux , Florian, (a-t-on idée de s’appeler Florian?) fut abattu par ton ivrogne de père qui rentrait bien aviné du bistrot et qui faisait éclater sa toute puissance sur ses enfants et sa femme, c’est bien connu, ça ne riposte pas. Peu de temps après cette incartade, Stanley quitta la maison avec sa maîtresse.  Te laissant seul avec ta mère mais devant te débrouiller par toi-même. Tu commences alors à voler, d’abord comme un Jean Valjean made in poverty puis comme un Jacques Mesrine pour te faire du fric. Tu te fais remarquer dans le milieu underground de la délinquance pour ton tempérament impulsif et ta volonté de tuer.

A 14 ans, tu tues ton premier bonhomme pour fêter ton entrée triomphale dans le monde adolescent. Charley Lane, le leader d’un petit gang de ton quartier, qui passait son temps à te moquer et à te battre. Ainsi tu prends l’initiative, malgré ta dyslexie, de lire le « True Crimes Magazine » – le parfait petit manuel du parfait petit assassin – afin de monter le coup parfait. Et ô plan combien astucieux, ce livre t’a apporté. Tu suis ta victime avec une batte de baseball jusqu’à ce qu’il soit seul et dans une allée peu éclairée. Alors tu commences à le frapper, d’abord pour lui chatouiller le visage mais ensuite pour lui masser le cuir chevelu. Lorsqu’après avoir écumé toute ta rage, tu te rends compte que ta victime n’avait pas survécu au massage, tu lui découpes les doigts et lui enlève les dents, pour rendre toute identification impossible. Avant de le jeter au fond d’un lac… Plutôt futé pour un débutant, il n’a pas l’air si mal ton bouquin!

df

Fallait pas manger tous les chipsters, aussi.

Tu révèleras plus tard que c’est ce jour-là que tu as appris, dans une sorte d’ironie morbide, qu’il était meilleur de donner que de recevoir. Oh oh oh, un vrai poète. A partir de ce jour, tu remplaces la batte de base-ball, trop voyante, par un couteau bien aiguisé et plus facile à manier. Tu commences à prendre ta revanche sur tous ceux qui t’ont quelque peu brimé. L’histoire ne le raconte pas mais je le tiens de source sure, que tu as même égorgé et évidé un de tes anciens camarades qui t’avait piqué un pain au chocolat. Tu aurais alors eu ces mots : « Crève, voleur de goûters. »

Très vite, tu acquiers une réputation solide de dur à cuire, plus dur que les oeufs de ta grand-mère. Tu formes un gang, le « Coming Up Roses » pour le côté magnifique des roses qui savent piquer quand on les ennuie de trop près à vouloir toujours regarder sous leurs pétales. Tu achètes alors ta première arme et tu sautes donc, promotion logique et méritée, dans le monde du crime organisé. Tu t’associes avec la famille du crime, les Gambino, nom cliché qui démontre d’un grand manque de fantaisie dans le milieu du banditisme américain de l’époque. Cette association commença avec de l’argent. Comme dans un film, tu devais de l’argent à un associé de Gambino qui envoya Roy DeMeo pour te faire cracher. Après une salve de balles, tu te noies dans ton sang en jurant de te venger. Mais en attendant, tu te dis qu’il pourrait être sympathique de faire des affaires avec ces gens-là. Tu ranges donc ta haine au placard de tes sentiments exacerbés et tu rembourses ce que tu dois. Tu commences alors à bosser entre cambriolages et piratages de photos pornographiques avant que les pontes se rendent compte de ton formidable besoin de sang.

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La coupe de Wolverine sur la tête de Culbuto. Que fait la police?

Mais on ne devient pas tueur comme ça et il fallait des examens digne de ce nom et pas que d’urine. Le Big Boss t’emmena en voiture, s’arrêta dans une rue et t’ordonna de descendre de la voiture et le premier venu. Chose dite, chose faite. Malheureux destin de celui qui passait là.

Tout ce qui vient ensuite relève du manuel du parfait assassin : tu as avoué entre 100 et 130 meurtres, par strangulation, feu, couteau ou poison? Tu révèles une préférence pour le cyanure qui tue vite et qui est quasiment indécelable sauf pour le Dr House mais il était déjà très occupé à l’époque. Tu expliques aussi tes méthodes de dissimulation des corps tels que l’enterrement, mutilation, démembrement ou plus subtilement de les placer sur les bancs dans des parcs publics. Les deux méthodes que tu chérissais étaient de mettre le corps dans un énorme bidon d’huile pour décomposer la peau ainsi que nourrir les rats géants avec tes ennemis encore vivants… Et on s’étonne après qu’il y ait des Tortues Ninja avec maître Splinter?

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Mais lâchez-moi, nom de Dieu! Je connais Nicolas Sarkozy!

Une ombre tache cependant ton palmarès. Les autres membres de ta petite mafia qui se sont portés témoins pour le gouvernement affirme qu’ils ne t’ont jamais vu participé à aucun meurtre. Ainsi, même pour celui de… Roy DeMeo, qui aurait du payer cher ta rancune tenace et ton gout de la vendetta, il est prouvé qu’il fut l’objet de l’attention amusée d’autres membres de son crew.

Peu de temps après, tu commences une carrière de tueur à gages et tu épouses Barbara Pedricci. Tu mènes une double vie, nul ne connait ta véritable activité dans ton entourage et personne ne se pose de questions quand tu pars au beau milieu du gigot de belle-maman, à part une, inévitable et fatidique : « il est trop cuit? »

Initialement appellé le « Polack » par le sens de la création de tes camarades, tu seras renommé « Ice Man » pour ta façon de cacher tes cadavres dans un camion de marchand de glaces. Ta méthode a été découverte un soir d’une brulante nuit d’été alors que le coroner a retrouvé des traces de glaces sur le cadavre. Tu deviens ensuite ami avec Robert Prounge qui t’apprend à te servir de cyanure pour dézinguer ta clientèle. Tu déclareras bien plus tard aux autorités que Bob Prounge était complètement dingue et qu’il lui avait proposé un contrat pour tuer sa femme et son fils. Il fut retrouvé abattu dans un camion et tu revendiqueras ce meurtre.

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Putain, ils étaient mieux fringués à l'époque, les témoins de Jéhovah.

Tu es bêtement arrété en 1986 par un agent double, qui te proposait un contrat et à qui tu expliquais tous les tenants et aboutissants. Ta femme est arrêtée avec toi ce qui te fout pas mal en rogne.

Tu prends prison à perpète et tu deviens une star, Interviews, psychiatres, journalistes, profilers, tout passe dans ta cellule afin d’avoir des révélations morbides de la star du meurtre. Tu meurs finalement à ton tour le 5 Mars 2006, certainement empoisonné. Ce qui nous amène au proverbe final : Il vaut mieux avoir le cul posé que le Kuklinski.

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