73 touches – Hocus Pocus
Vendredi 5 décembre 2008

73 touches pour les 73 touches des claviers de pianos. 73 touches au coeur. Un bonheur d’amoureux du hip-hop. Même si la chronique est un peu en retard puisque l’album en est déjà à sa deuxième sortie. La réedition date de fin 2006, tout juste deux ans donc.
Toutes les pistes sont des petits bijoux d’inventivité, les samples sont à l’orée du bonheur. Les textes sont dignes d’un Mc Solaar du tout début des années 90′. Vous allez adore l’histoire de Pascal, ce billet “aux 5 et deux 0, sur le dos imprimés” qui finit ainsi “Ce mec mal rasé m’a cramé et j’suis mort en héros” sur un fameux plateau télé. Le flow limpide et souriant de 20syl (2-0-s-y-l) est superbement servi par la technique du dijay, DJ Greem. Lui et 20syl ont été 4 fois champion du monde de DMC avec C2C. Sur le morceau “Feel Good”, réalisé aux platines, avec moults scratchs et autres tours de passe-passe, ils font étalage de toute leur technique et relancent cet opus qui, du coup, ne souffre d’aucun temps mort. La plume acérée de 20syl lui permet de faire passer ses messages en allant droit au but, sans non plus briller par un talent énorme. En témoigne cette phrase “J’attends en regardant ces vieux séniles gouverner, Je les écoute sans jamais me sentir concerné”, Hocus Pocus tape du côté du rap conscient sans tomber dans le travers de la monotonie du rap con chiant. La piste numéro 17, “Brouillon”, est, pour moi, l’une des chansons les plus inventives du hip-hop contemporain, une merveille d’originalit
Et s’il ne fallait en garder que quelques-un, je pencherais pour “Malade 2006″, “Onandon”, “Comment on f’sait?”, “Feel Good”, “Dig This”, “Zoo”, “Brouillon”, “Hip-Hop”, “J’attends (remix)” et celui qui donne son nom à l’album “73 touches”. Ce qui fait 10 pistes sur les 20, les restantes passant aussi très bien! A vos platines.
Une réussite, un bonheur pour les oreilles !

Strange Fruit – Billie Holiday
Vendredi 28 novembre 2008
L’histoire commence par un poème d’Abel Meeropol, qui comme son nom l’indique, était juif. D’origine russe, il vivait dans le Bronx où il était professeur. Il écrivit le poème “Strange Fruit” après avoir vu la photo du massacre voire même du lynchage de Thomas Shipp and Abram Smith, le 7 Août 1930.
Billie Holiday chante la chanson pour la première fois en 1938 au Café Society à New York à la demande de l’auteur du texte. Billie donna une nouvelle dimension à la chanson en l’interprétant de façon tragique et inspirée. Certains témoins décrirent leurs sensations à la suite de la prestation de la chanteuse et déclarèrent avoir eu l’impression d’être au pied de l’arbre. Ce strange fruit (fruit étrange) est évidemment le pendu qui se balance comme un fruit.
Southern trees bear strange fruit,
Blood on the leaves and blood at the root,
Black bodies swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolias, sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh.
Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.
Les arbres du Sud portent un fruit étrange
Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines
Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud
Un fruit étrange suspendu aux peupliers
Scène pastorale du vaillant Sud
Les yeux révulsés et la bouche déformée
Le parfum des magnolias doux et printannier
Puis l’odeur soudaine de la chair qui brûle
Voici un fruit que les corbeaux picorent
Que la pluie fait pousser, que le vent assèche
Que le soleil fait mûrir, que l’arbre fait tomber
Voici une bien étrange et amère récolte !
Cette chanson est la première qui sortait du repertoire habituel de Billie. On peut dire qu’elle fut l’un des premiers actes de résistance civique aussi important que celui de Rosa Parks. Elle interprétait cette chanson à toutes les fins de concerts avec toujours le même rituel : lumières éteintes, projecteurs braqués sur son visage. Elle eut l’audace de chanter Strange Fruit dans une ville du Sud et fût gentiment ramenée à la sortie de la ville par quelques fourches amicales. Comme quoi, sa vie c’était pas toujours des vacances.
