Le Coach – Olivier Doran
Mardi 15 septembre 2009
Chêne est un coach renommé qui accumule les succès professionnels. Mais c’est aussi un joueur invétéré qui a des dettes colossales. A bout de patience, sa femme le quitte.
Pris à la gorge par ses créanciers, Chêne accepte un contrat qui peut le sauver : coacher à son insu Marmignon, un directeur très singulier qui semble être le pire coaché imaginable.
Comédie classique sur les bases d’un duo antagoniste que tout oppose. C’est dire s’il n’est rien à dire sur le scénario très peu inventif et porté uniquement sur la performance des deux acteurs. Le duo fonctionne bien notamment grâce au talent de Jean-Paul Rouve à être convaincant dans la stupidité. Richard Berry est plus insipide qu’une larve cuite à l’anglaise, c’est pour dire. Tout l’intérêt du film réside donc dans les rebondissements improbables qu’égrènent le réalisateur à travers son histoire. Seul point remarquable : l’apparition de la culture dans un film comme celui-ci. Très appréciable, la scène autour d’un livre de René Barjavel donne un petit piment ainsi que le concert de musique baroque qui clôt le bal de ce coach un peu brouillon. La réalisation est un peu pataude mais ce n’est pas vraiment ce que l’on demande aux films calibrés pour passer sur TF1 le Dimanche soir à 21h et c’est ainsi que la mise en scène n’est pas non plus bien affriolante et que la bo ne suit pas vraiment non plus…
Au final, les seules lumières du film, hormis celles qui s’allument à la fin du générique, sont les saillies verbales parfois bien balancées de la part de nos deux compères. Ne soyons pas bégueules, cela divertit le chaland mais on se prend à souffler de désespoir quant à la vacuité des propos et à la banalité de l’intrigue.

La comédie française est un genre à part entière puisqu’il en sort énormément chaque année. Elle répond quasiment toujours aux critères des vases communicants. Un grand con et un petit intelligent, parfois l’inverse, qui apprenne l’un de l’autre sur les valeurs de la vraie vie.
Les notes de chaque catégorie ne se valent pas entre elles. Il est inutile de crier au scandale lorsqu’une petite merde a une meilleure note qu’un film plus sérieux. Chaque catégorie possède ses propres critères et un 2/10 dans l’une peut ne pas valoir un 8/10 dans l’autre. Merci de votre compréhension.
The Reader – Stephen Daldry
Lundi 14 septembre 2009
Allemagne de l’Ouest, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Un adolescent, Michael Berg, fait par hasard la connaissance de Hanna, une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Commence alors une liaison secrète et passionnelle. Pendant plusieurs mois, Michael rejoint Hanna chez elle tous les jours, et l’un de leurs jeux consiste à ce qu’il lui fasse la lecture. Il découvre peu à peu le plaisir qu’elle éprouve lors de ce rituel tandis qu’il lui lit L’Odyssée, Huckleberry Finn et La Dame au petit chien. Hanna reste pourtant mystérieuse et imprévisible. Un jour, elle disparaît, laissant Michael le coeur brisé. Huit ans plus tard, devenu étudiant en droit, Michael assiste aux procès des crimes de guerre Nazi. Il retrouve Hanna… sur le banc des accusés.
Peu à peu, le passé secret de Hanna est dévoilé au grand jour…
Sujet trouble pour époque trouble. Concentration maximale et attente au coin de l’oeil. Impossible de se louper pour le réalisateur et sa production au risque de faire un tollé. Et dès le début, il nous prend à contre-pied le Stephen. Aucune image de la guerre, aucune perception d’un pays en guerre, le spectateur est tout simplement balloté et ému de cette amourette entre un jeune garçon de 15 ans et une femme qui est censé être de deux fois son ainé. Le scénario tient en deux lignes mais c’est la profondeur de tout ce qu’il implique qui est intéressante. Que faire quand on a aimé une nazie active ? C’est la complexité de cette question qui tient en haleine tout du long.
Parce que Kate Winslet joue à merveille son rôle de femme analphabète mais fortement orgueilleuse qui se retrouve piégée par l’histoire à cause de sa honte de son incapacité à écrire et lire pendant que David Kross/Ralph Fiennes sont très justes dans leurs jeux respectifs. Ils sont magistralement servis par la mise en scène élégante et la photo qui l’accompagne notamment sur certaines trouvailles stylistiques. J’ai trouvé presque beau le suicide final sur les quatres livres que lui lisait son protégé. Je signale au passage l’égotisme des américains et autre anglophones qui consistent à faire parler dans la version originale des allemands en anglais sans même faire allusion une seule fois à la langue.
Encore une fois et c’est un défaut récurrent dans le cinéma, on aide les gens à penser. Reprendre trois passages au moment où il apparaît clairement qu’elle ne peut ni lire ni écrire est un manque réel de confiance envers le public et de subtilité envers les intelligences. Mais c’est le manque de repères chronologiques qui m’a perdu à l’entame. Et les minces allusions historiques ont, je le crains, été mal placées. Ainsi quand le petit Michael est malade en 1942, il collectionne déjà des timbres de l’an 1945. On apprend à la fin du film la date de naissance de Hanna Schmitz sur sa pierre tombale. Elle est de 1922 ce qui l’amène à 20 ans quand ils se rencontrent peu avant sa signature chez les SS. 20 ans pour ce qui semble être une femme d’une quarantaine d’années et qui arrive à la mort à 60 ans, l’âge que parait Michael/Ralph Fiennes à l’écran.
C’est donc un film émouvant mais avec de grosses ficelles qui ôtent tout plaisir de découverte au spectateur mais ne soyons pas pointilleux, ceci reste un Reader digeste.

Le film historique est un film relatant un fait d’histoire. Il peut aller du Big Bang à un fait-divers de la semaine dernière. Il se distingue par son ton clément et sa volonté de compréhension. Il alterne entre l’excellent et le piètre.
Les notes de chaque catégorie ne se valent pas entre elles. Il est inutile de crier au scandale lorsqu’une petite merde a une meilleure note qu’un film plus sérieux. Chaque catégorie possède ses propres critères et un 2/10 dans l’une peut ne pas valoir un 8/10 dans l’autre. Merci de votre compréhension.
Non, ma fille, tu n’iras pas danser. Christophe Honoré.
Lundi 14 septembre 2009
Depuis qu’elle s’est séparée de Nigel, Léna traverse la vie comme elle peut avec ses deux enfants. Elle triomphe avec vaillance des obstacles semés sur leur route. Mais il lui reste à affronter le pire : l’implacable bonté de sa famille qui a décidé de faire son bonheur.
Voilà, typiquement les scénarios de film d’auteur français. Une petite aventure égocentrique à la recherche de soi-même. Alors que dire du scénario ? Il doit certainement parler à quelqu’un mais ce n’est pas mon cas. J’en conclurais donc que ce film ne s’adressait peut-être pas à moi mais à un public plus âgé, plus averti ? Soit. Mais le script pêche vraiment par deux points : son inconsistance et sa futilité.
1h45 à tourner en rond, ça peut paraître long. Mais ces quasi-deux heures passent vite grâce notamment aux qualités évidentes de Christophe Honoré en tant que metteur en scène. Même si on a la sensation parfois qu’il prend le spectateur pour un couillon et par la main comme avec cette scène où la pauvre Léna rame sur le fleuve et n’arrive pas à s’en sortir non plus comme une métaphore de sa vie de merde. Mais on lui pardonne pour la virtuosité dont il fait preuve. Je suis resté aussi dubitatif devant la séquence “danse bretonne” qui coupe le film en deux en étant atrocement longue. Quel était le but ? Faire bien comprendre aux gens la relation entre le titre du film et la fin du susdit ? Encore une fois, un exercice de style visuellement beau mais incohérent dans l’ensemble. Alors j’avoue avoir passé plus de temps à déchiffrer les plans qu’à m’émouvoir des déboires de Chiara.
Et parlons-en des déboires : elle alterne entre le bon et le pitoyable et l’on finit par se demander si ce n’est pas ça jouer un rôle avant de se rendre compte que non, elle en fait quand même un peu trop. A ses côtés, Marina Foïs est impeccable et prouve qu’elle peut jouer à peu près tout notamment grâce à sa voix cinglante et sa répartie facile. Quant à Louis Garrel, je suppose qu’il doit faire grincer des dents mais j’aime sa façon de survoler les films avec sa voix aérienne, ses manières de théâtreux et son débit soigné. Les personnages secondaires sont anecdotiques, rien de concret ne se dégage d’eux.
La bande-sonore est à l’image du film. Lente, pesante et inquiétante. Le tout est à l’image de l’ambiance dans la salle lorsqu’apparaît le générique de fin. Le silence que personne n’ose rompre en se levant et la question éternelle : “Tout ça pour ça ?”
En conclusion, “Non ma fille, tu n’iras pas danser” et j’irais pas danser avec elle non plus.

Le film français est un film d’auteur. Il est souvent à sujet assez personnel. Il propose très peu de mouvement et souvent beaucoup beaucoup de dialogues. Il se caractérise par sa lenteur que certains qualifieraient de “chiante”, d’autres de “poétique”, c’est selon. Le film français a ses grands admirateurs ainsi que ses détracteurs de toujours.
Les notes de chaque catégorie ne se valent pas entre elles. Il est inutile de crier au scandale lorsqu’une petite merde a une meilleure note qu’un film plus sérieux. Chaque catégorie possède ses propres critères et un 2/10 dans l’une peut ne pas valoir un 8/10 dans l’autre. Merci de votre compréhension.
Quantum of Solace…
Lundi 3 novembre 2008
Bon, déjà le titre… Quantum of Solace! C’est donner le bâton pour se faire battre franchement! Après Matrique, le Seigneur des Anus, Blanche-Fesse et les 7 mains, j’en passe et des meilleurs, on va forcément avoir droit à… Quantum of Salace! Bon, sur ce jeu de mot un peu graveleux, poursuivons.
Tout d’abord, la campagne marketing. Des publicistes ingénieux et plein d’inspiration ont réussi à pondre la pub pour le Coca-Cola Zéro Zéro Sept… Ouhaou, j’en reste baba! Autant dire que l’on va voir ce film parce que c’est un James Bond et parce que les critiques de cinéma ont dû être bien arrosé pour s’étaler en léchages de kikis. Il pourrait être en tutu à la recherche de l’amour de sa vie, on irait quand même, y a écrit James Bond sur l’affiche.

Et dans le couloir numéro 1, J. Bond qui a pris la tête, il est à 200 mètres de l'exploit dans ce relais 4x400 mètres. Et il court en jean, chaussures de ville! Quel exploit, mes amis, quel exploit! A vous, Nelson!
Quant au film, il y a une grande question que je me pose : Comment ai-je fait pour m’endormir malgré autant d’action? Parce que, niveau action, même un tectonik killer sera décoiffé. Le film démarre à 100, nan 200, merde, bon beaucoup trop vite par rapport à la loi en vigueur, sur une course poursuite irréelle dans un tunnel bondé en bord de mer pour se finir dans les rues de Sienne. 10 minutes avant qu’on puisse distinguer un plan fixe de Bond, ça fait un peu beaucoup. Tout ça pour repartir sur une poursuite folle mais à pied!
Je ne vais pas m’attarder en critiques et autres pavoiseries. Ce film est une succession de scènes vides. Le scénario n’aide en rien, il s’alourdit d’histoires parallèles inutiles au lieu d’aller droit à l’intéressant. L’idée de base est bonne mais tout le contenu prend l’eau (c’est le cas de le dire, ah ah ah).
Un pur produit marketing avec son lot de pubs telle que celle-ci :
A noter le générique qui te fout dehors avec une musique hurlante qui ne te donne qu’une envie : t’échapper de cette salle.
Je ne m’étendrais pas plus, j’ai juste envie de promouvoir un slogan :
“James Bond, c’est l’anti viagra, il ne me fait plus bonder.”
De là à dire que tout cet article repose sur cette vanne foireuse, il n’y a qu’un pas…
Entre les Murs. Mardi 21 Octobre 2008.
Mardi 21 octobre 2008
Palme d’or. Palme d’or… Si je voulais faire de l’humour, j’aurais dit Palme dort tant je me suis ennuyé. Plus qu’ennuyé, j’ai même été outré. Outré par le mauvais jeu du réalisateur, celui de stigmatiser encore et toujours les mêmes personnes. Je crains que ce film (?) ne doivent son succès à son seul aspect documentaire. Si le réalisateur avait assumé sa position en évitant de faire croire au documentaire, tout le monde aurait hurlé au navet. Au lieu de ça, on a le droit à tous les clichés possibles et imaginables – ceux du 13 heures de Jean-Pierre Pernault :
- Les noirs foutent la merde.
- Les arabes sont insolents.
- Les chinois aiment les jeux vidéos.
- Les portugais sont débiles.
- Les français (j’entends blanc, par là) sont premiers de la classe.
Un ramassis dégueulasse de caricatures qui m’aident à comprendre pourquoi Cannes a adoré. Elle a vu les quartiers difficiles comme elle voulait les voir. C’est la faute aux étrangers. Et tout le monde, de nous dire la bouche en coeur : “Mais ça se passe vraiment comme ça!” en omettant de préciser que c’est à certains endroits seulement, et dans les cas les plus extrêmes. Le tout donne une image encore négative des jeunes immigrés, des jeunes des banlieues, des jeunes des cités, des jeunes qui écoutent du rap. Ce professeur ironique jusque dans les bonnes réponses des élèves (un jeune de cité qui sait qui est Mozart, si on suit sa logique, on devrait plutôt le féliciter) est un grand démagogue qui ne tiendrait pas 15 jours dans une vraie Zone d’Education Prioritaire avec une attitude comme la sienne.
Sur le site du film “Entre les murs”, on peut voir une courte interview de Franck Keita qui joue Souleymane. Il explique qu’il est à mille lieux de ce garçon, qu’il est très posé, très calme. Et il est loin de l’ignorance dans laquelle baigne son personnage. Je reproche à ce film de ne pas montrer explicitement le second degré qu’il cache. C’est à dire qu’ayant grandi en cité, je saisis ce qu’il se passe, je comprends l’ironie et l’exagération mais tous ceux qui ne voient les quartiers compliqués qu’à partir de leur télé vont vite prendre tout cela pour argent comptant. Sur le même site, la vidéo de Vincent Caire explique assez bien ce phénomène. Même s’il est très mauvais acteur, surtout quand il pète son cable.
Je reproche au film de se vouloir représentatif de l’éducation nationale, de faire croire aux français que ça arrive réellement ainsi, de classer les gens dans des cases. Encore une fois, l’amalgame va être cinglant.
“Un peu déçue tout de même. J’ai vu le film hier soir à Grenoble et en dehors du fait que je ne me suis bien sûr pas ennuyée, j’ai retrouvé de manière un peu trop criante la “recette” du film ‘être et avoir”, les acteurs étant un peu plus vieux. A 57 ans, je n’en reviens pas de constater à quel point le comportement des élèves s’est dégradé. Je parle en connaissance de cause puisque j’étais en 6ème, 5ème et 4ème dans un collège de banlieue nord. La discipline était de rigueur et le moindre écart de language vis à vis d’un professeur aurait été sanctionné. Je vais même jusqu’à trouver que la discipline était excessive.
Je suis désemparée par ce que j’ai vu… j’admire les professeurs qui ont le courage d’enseigner dans une telle ambiance. Je sens que les élèves derrière leur comportement insolent sont pour certains intelligents. Je sens aussi le décallage criant créé par l’environnement familial, certains parents ne maîtrisant pas le français. C’est la raison pour laquelle il me paraît indispensable qu’une politique d’immigration réfléchie soit mise en place.”
Voilà ce que les gens vont penser en sortant. J’ai un souvenir précis de ma quatrième dans un quartier difficile et nous étions loin d’être insolents. Même vifs et intelligents, ce que le film occulte complètement. Et à l’auteur qui veut nous faire comprendre que les jeunes banlieusards n’aiment pas la France, j’aimerais montrer ceci. Qu’il en tire les conclusions qu’il veut.
Ça ne se passe pas comme ça partout…



